CHAPITRE PREMIER. I<J
ressentis bientôt des douleurs de ventre affreuses; étant seul et privé de tout secours, je souffris beaucoup, mais, à mon grand étonnement, mon ventre reprit, pendant cette nuit, sa forme ordinaire.
La chambre où je couchai le lendemain était garnie de paille fraîche et n'avait d'autre issue que la porte d'entrée. Huit ou dix soldats, qui allaient en Piémont, se levèrent avant le jour et allumèrent une poignée de paille pour s'éclairer. Je m'étais rendormi ; un malaise extraordinaire me réveilla; la chambre était en feu; les flammes s'élevaient jusqu'au plafond. Je me redressai d'un bond et me jetai dans un angle de la chambre; ma première pensée fut celle-ci : « Ne t'épouvante pas, ce n'est qu'un feu de paille, tu en as traversé de pareils sans danger aux fêtes de la Saint-Jean. » La fumée m'étouffait, il fallait mourir brûlé ou traverser les flammes dans la direction de la porte; je m'élançai : le loquet n'étant pas fermé, la porte s'ouvrit. Si j'avais rencontré le mur, j'aurais infailliblement péri. La crainte d'être arrêté comme incendiaire me donna des ailes et je m'éloignai rapidement, tournant la tête à chaque instant pour m'assurer que je n'étais pas suivi ; il me fut aisé de conjecturer que le feu allumé le matin avait été mal éteint et avait gagné la paille de la chambre.