‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 2 sur 121 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

aux postes les plus dangereux. Modeste autant qu'il avait été courageux, il se contenta du grade de capitaine et prit sa retraite à trente ans avec une pension infinie.

En i8i5 (29 novembre), il se maria. Sa situation d'ancien officier de l'Empire n'était pas un titre de recommandation auprès du nouveau régime : il se tint à l'écart et se consacra tout entier à ses devoirs de famille. Dans ses loisirs forcés, il voulut se donner l'instruction que les troubles de ses années d'enfance et l'agitation de sa jeunesse militaire ne lui avaient pas permis d'acquérir. Ce n'est ni l'aptitude ni le goût qui lui manquaient. Son séjour en Italie et en Espagne l'avait familiarisé avec l'italien et l'espagnol ; nous le verrons à la suite d'un assaut, à travers les scènes de pillage et d'incendie, braver le danger pour aller chercher au fond d'une bibliothèque trois ou quatre volumes de poètes : Dante, le Tasse, l'Arioste, Métastase, comme si c'était pour lui le plus précieux des butins; de Huesca, en Espagne, il rapporta un vieil exemplaire de Don Quichotte que sa famille a pieusement conservé.

Ces dispositions n'avaient besoin que d'être cultivées. L'éducation de ses fils en fit pour lui un devoir et un plaisir. Il atteignit ainsi l'année 1829, où il fut nommé directeur de l'octroi à Perpignan, fonctions qu'il conserva jusqu'en 1849. La révolution de i83o donna comme une issue à ses souvenirs militaires un peu comprimés; les livres, les journaux, les poètes se jetaient avec avidité sur ce qu'on appelait déjà l'épopée impériale. Conteur excellent, le capitaine Desbœufs avait pour auditeurs sa famille et ses enfants ; quelques anciens camarades se

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