‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 24 sur 121 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sentis que j'affronterais avec joie les plus grands dangers pour me rendre digne de porter ce nom glorieux. A Terracine, où nous couchâmes, je me séparai des voituriers à cause de mes faibles ressources pécuniaires, et trois jours après, de la hauteur d'Albano, je découvris Rome dans la plaine.

Elle paraissait n'être qu'à une lieue de distance, et cependant je marchai quatre heures dans une campagne inculte et marécageuse, avant d'arriver sous ses murs. Mes souliers s'étaient usés, j'entrai dans la ville sainte en vrai dévot, c'est-à-dire pieds nus. La première rue que je suivis, bordée de palais séparés par des jardins, était presque déserte, et les vastes ruines du cirque augmentaient cette solitude. Etait-ce la porte triomphale et ces gradins où s'asseyait le peuple-roi x? Un paysan que j'avais rencontré

i. J'entrai à Rome par la porte Capène, qui est l'ancienne porte triomphale par où les vainqueurs faisaient leur entrée, dans un autre équipage et avec un peu plus d'éclat que moi. Non loin de cette porte se trouve celle par laquelle sortirent les trois Horaces.

Les lieux que je venais de parcourir sont célèbres par leurs antiquités.

Je voyageai sur la voie Appienne.

Avant d'arriver à Avellino, je passai aux Fourches Gaudines ou du moins fort près.

Sous la fertile plaine que je vis à ma gauche, entre le Vésuve et la mer, sont engloutis Herculanum, Pompéi et quinze autres villes ou villages.

De Naples à Mola, j'eus, à ma droite, d'abord la belle plaine de Capoue, ensuite des montagnes couvertes d'oliviers et d'orangers, et à ma gauche, resserrés entre le chemin et la mer :

Les catacombes ;

La grotte de Pausilippe, chemin souterrain qui traverse la montagne, où se voit le tombeau de Virgile ;

La piscine merveilleuse, immense citerne voûtée, ouvrage des Romains, dont l'enduit du fond composé, à ce qu'on croit, de poussière de marbre, de bitume, de chaux et de blancs d'oeufs, est aussi beau que s'il venait d'être placé ;

Le cap de Misène où stationnaient les flottes romaines ;

Les restes de l'antique ville de Pouzzoles ;

Le labyrinthe ou les cent chambres;

Le lac Averno, l'Achéron, les Champs-Elysées, Cumes et l'autre de la Sibylle par où Énée descendit aux Enfers ;

en route me conduisit chez un de ses compatriotes, qui nous logea en couchant sur la paille, moyennant deux sous par jour.

J'achetai sur la place Navone un vieux chapeau de paysan, roux et avec de larges ailes, de gros et pesants souliers aux trois quarts usés et un peu de pain pour mon souper. Pendant que je faisais ces emplettes, j'étais entouré de juifs qui voulaient tous me vendre ou m'acheter quelque chose ; l'un d'eux me suivit même jusqu'à mon logement.

Le lendemain matin, j'allai parcourir la ville avec mon compagnon ; nous passâmes sur le pont Saint- Ange. Le Tibre était couvert de barques chargées de fruits et de

La montagne de cendres élevée où fut le lac Lucrin et le bourg de Tripergole, engloutis dans une éruption;

La Solfatare, volcan éteint ;

La grotte du Chien, où l'on respire une vapeur qui tue les chiens sans nuire aux hommes;

La tour de Patria, tombeau de Scipion ;

Bauli et le tombeau d'Agrippine ;

Enfin Baies où Marius, Sylla, César, Pompée et autres fameux Romains avaient des palais.

A Mola, l'ancienne Formies, le golfe se rapproche tellement de la chaîne des montagnes qu'il n'en est séparé que par la route et deux rangs de maisons. C'est près de là que Cicéron fut assassiné ; il y possédait une maison de campagne que la mer a couverte et qu'elle laisse voir quelquefois. On montre aussi une vieille tour qu'on prétend être son tombeau.

Plus loin, à gauche, on voit Gaëte et, près de Gaëte, les marais de Minturnes, où se cacha Marius.

La route continue ensuite entre deux montagnes jusqu'à Fondi. De Fondi à Rome, on a des marais et la mer à gauche, et à droite de hautes montagnes.

Le chemin conduit d'abord à Terracine. Près de cette ville était situé le palais où Circé enferma les compagnons d'Ulysse. Il passe ensuite sur des collines et traverse Piperne, patrie de Camille, reine des Volsques ; Velletri, où naquit Auguste, jadis capitale des Volsques, et Albano, qui tire son nom d'Albe, où l'on montre le tombeau d'Ascagne, fils d'Énée, et celui des Horaces. C'est à Albano que Cornélie reçut les cendres de Pompée, qu'elle déposa dans un tombeau qui existe encore. D'Albano on découvre, à droite, des montagnes et des villages; à gauche, les marais Pontins et la mer, et en face, Rome.

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