CHAPITRE II
revint pour reprendre sa place. Je me hâtai de barrer la porte avec une planche qui la fermait à moitié ! Le chien s'efforça de l'arracher avec les dents et avec les ongles, grognant et aboyant tandis que je le menaçais. Je redoutais cependant qu'il ne forçât le passage, car j'aurais été obligé de livrer un combat que la difficulté d'agir dans le lieu étroit et obscur où j'étais et le défaut d'armes auraient rendu bien dangereux. Fatigué de ma résistance, il leva le siège et alla coucher à la belle étoile par un temps affreux. Je ne passai pas une meilleure nuit. La crainte d'un nouvel assaut me tint éveillé, et si parfois le sommeil fermait mes paupières, je me réveillais aussitôt, rêvant que j'étais encore aux prises avec le terrible animal.
Une jeune fille de Lorette me donna un morceau de pain et m'interrogea. Je lui dis que je venais de Rome, où habitait un de mes parents dont je n'avais pu trouver la demeure. J'étais nu-pieds, courbé par la fatigue, et quoique extrêmement défiguré, on reconnaissait que j'avais été joli ; je l'intéressai ; elle m'apporta trois ou quatre morceaux de pain blanc et me dit que si elle avait eu de l'argent, elle me l'aurait donné. Je fourrai le pain dans mes souliers, faute de poches, et je partis. 11 pleuvait encore ; je passai la nuit sous un hangar, près de la route. Au point du jour, la pluie redoubla. J'avais la peau des pieds enlevée en plusieurs endroits, des traces de sang marquaient mes pas, et je me disais, les larmes aux yeux : « Grand Dieu! que ne puis-je vieillir tout à coup de dix « ans, je serais un homme capable de résister à tant de « maux ! »