‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 30 sur 121 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mandant s'arrêta devant moi tout étonné, et après avoir demandé au capitaine quel était ce joli soldat, il lui recommanda de m'avancer et m'adressa des paroles flatteuses sur ma tenue et ma bonne conduite.

Nous revînmes à Ferrare et, peu de temps après, nous partîmes pour Vérone. Une belle rue, bordée de trottoirs, conduit à un ancien arc de triomphe *, qui forme trois portes et sert d'entrée à une grande place ronde, ornée à gauche par des portiques et à droite par les arènes. L'amphithéâtre des arènes, garni de gradins formés par de grosses pierres de taille, pouvait contenir vingt-cinq mille personnes assises. Je parcourus la partie de la ville située sur la rive droite de l'Adige, l'autre partie appartenait aux Autrichiens. J'allai voir aussi les caveaux où sont enterrés Roméo et Juliette.

Le bataillon fut détaché à Mantoue et caserne sur la place Virgile, où le général Miollis venait de faire placer le buste du poète, supporté par des cygnes. Je visitai les environs de Mantoue illustrés par cent combats. Ma mère m'apprit la perte de ma sœur décédée pendant que j'étais dans le royaume de Naples. Elle avait craint de m'annoncer cette nouvelle plus tôt, sachant combien j'en serais affligé. La mort de cette bonne sœur me fut très sensible; elle avait été la compagne de mon enfance et me chérissait tendrement.

De Mantoue, le bataillon se rendit à Legnano. Sentinelle des remparts aux heures silencieuses de la nuit, je laissais errer mes regards dans la campagne, et aux faibles rayons de la lune, je croyais voir encore les ombres de Bayard et du capitaine Manfron voltiger autour de cette enceinte de nouveau soumise à nos armes. Quelquefois,

i. Élevé en l'honneur de Titus ou de Vespasien, qui étaient de Vérone.

de ce même donjon d'où Villars fit foudroyer les soldats de Gritti, j'applaudissais à sa prudence; mais bientôt, portant les yeux plus loin : « Là, disais-je, reposent les héros d'Arcole ; là, nos exploits ont effacé ceux de nos pères. »

La demi-brigade s'était mise en route pour Brescia. Nous entrâmes à Vérone après avoir fait halte à Ronco, célèbre par le passage de l'Adige, lors de la bataille d'Arcole. A Lonato, nous nous arrêtâmes sur la place où Bonaparte, avec huit cents hommes, avait fait six mille Autrichiens prisonniers par sa seule présence d'esprit. Après un court séjour à Brescia, nous partîmes pour Parme, dont le duc venait de mourir. A la première étape, nous couchâmes dans le village où Othon se tua après avoir été défait dans la plaine voisine par les lieutenants de Vitellius.

Le lendemain, il plut à verse ; la route était couverte d'un pied de boue ; plusieurs soldats y laissèrent leurs souliers et un commandant y perdit ses bottes. J'arrivai à Gasalmaggiore à neuf heures du soir. La nuit était obscure, les gouttières se croisaient d'un côté de rue à l'autre et le Pô inondait la ville. Accablé par les masses d'eau qui tombaient des toits, je fis une chute et je fus sur le point de me noyer dans le ruisseau. J'errais dans les rues, maudissant les habitants qui se tenaient enfermés chez eux, lorsqu'un soldat portant une lanterne m'indiqua le quartier. Là, sans vivres et sans feu, j'ôtai mes habits, j'en fis sortir l'eau, en les tordant avec force, et après m'ètre habillé de nouveau, je me couchai sur la paille transi de froid. En passant à Crémone, je remarquai une tour de cent mètres de hauteur.

A notre arrivée à Parme, je fus commandé de garde à la place. Nous étions dix-huit soldats de taille moyenne sur trois rangs et, devant le poste, nous trouvâmes dix-

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