CHAPITRE III
renforts en Allemagne, les opérations allaient commencer et que déjà le canon s'était fait entendre à Vérone. Peu de jours après, le 29 octobre i8o5, nous finies une marche de nuit, dans le but d'isoler le corps autrichien placé devant nous et, au point du jour, la division se disposa à passer l'Adige à Ponte-Polio. Je m'étais figuré que le passage serait très difficile à exécuter; je fus bien vite détrompé. Le général choisit un endroit élevé de notre côté, bas et découvert de l'autre bord. Des batteries furent établies et, en un instant, on balaya la rive opposée I. Les pontonniers construisirent promptement un pont de bateaux et les troupes s'élancèrent sur ce pont, impatientes de joindre l'ennemi. La fusillade éclate : je précipite mes pas, fier de fouler le sol autrichien, plus fier encore d'être appelé à la garde du drapeau 2. C'est un grand et beau spectacle qu'un premier combat, mon âme était passée dans mes yeux, j'aurais voulu tout voir. Tandis que les tirailleurs culbutaient les avant-postes, que l'ennemi, rangé en bataille sur des hauteurs, avait laissés dans la plaine, nos colonnes, formées avec une précision et une promptitude admirables, filaient rapidement pour lui couper la retraite. Tout à coup, faisant face à gauche, nous l'attaquâmes sur toute la ligne. Après les premières décharges et à l'approche des redoutables baïonnettes, il tourna le dos. Les noirs et les voltigeurs, qui étaient en tirailleurs, se jetèrent dans ses rangs. Je les voyais, sai-
i. Le général Lacombe Saint-Michel, dont la famille habite Perpignan, commandait l'artillerie de l'armée.
2. Cet appel des fourriers à la garde du drapeau, qui avait pour but de l'entourer d'hommes d'élite chargés de le défendre, avait l'inconvénient d'exposer les régiments à perdre tous les comptables à la fois; aussi l'Empereur créa-t-il, quatre ans après, deux sous-officiers porte-drapeau, armés de sabre et de pistolets, qui remplacèrent les fourriers, et qu'on choisit dans les plus braves soldats de chaque corps.
sissant les Autrichiens par les jambes ou par les gibernes, désarmer les uns, renverser les autres et se mêler de plus en plus parmi eux. Les difficultés du terrain arrêtèrent notre élan, nous reculâmes et bivouaquâmes à la position que l'ennemi avait occupée: heureux bivouac, j'y goûtai le plaisir et la gloire que donne aux jeunes coeurs la première victoire.
Les fourriers allèrent de bon matin chercher le pain de la troupe dans une maison assez éloignée. Pendant ce temps la division exécuta un mouvement rétrograde, afin d'attirer un corps ennemi dans la plaine. Nous attendions tranquillement une charrette pour transporter notre pain, lorsque des paysans vinrent nous prévenir que les Autrichiens approchaient. Le pays était couvert d'arbres ; nous marchâmes deux heures entre nos gens et l'ennemi, chargés chacun d'un sac de pain que nous avions cru ne devoir porter qu'à peu de distance. Le jour suivant, nous marchâmes en avant, l'ennemi ne nous attendit pas et se retira parla vallée de l'Adige. Cette troupe forte d'environ six mille hommes, commandée par le général Hellinger, se trouvant placée entre nous et le 7e corps de la grande armée aux ordres du maréchal Ney, ne pouvait inspirer la moindre inquiétude. En conséquence, on fit volte-face et nous allâmes camper au devant de Vérone, au lieu même où s'était livré le combat de Favant-veille ; le sol était encore couvert d'armes et de débris. Le lendemain, Ier novembre, nous bivouaquâmes sur le champ de bataille de Caldière, et le 2, nous partions pour aller rejoindre le gros de l'armée, lorsqu'on nous ordonna de rétrograder sur Vérone, que le général Hellinger venait d'attaquer, afin de gagner probablement Venise par la rive droite de l'Adige. Placés entre notre division et une autre colonne, les soldats d'Hellinger mirent bas les armes.