INTRODUCTION. XI
litaire, histoire dont la scrupuleuse exactitude permet de reconstruire trait pour trait la physionomie des régiments de l'époque, la vie quotidienne des soldats de Napoléon. Les mémoires des maréchaux ou des généraux ne donnent qu'un aperçu assez imparfait de cette existence. Préoccupés surtout des grandes opérations où ils jouent un rôle prépondérant, leur regard distingue moins les individualités qui composent ces armées bruyantes, ne pénètre pas assez profondément l'àme héroïque de ces obscurs instruments de leur gloire. Le capitaine Desbœufs conserve l'empreinte ineffaçable de ces quinze années passées au milieu des camps.
Cette œuvre, relativement courte (car ce conteur a l'allure brève et rapide), ne reçut qu'en 1847 son achèvement définitif. Mon grand-père en avait communiqué quelques fragments à son ami Boudonville : « Nous sommes « trop vieux, lui répondait celui-ci : nous ne la re verrons « plus comme nous avons contribué à la faire , cette France ; a contentons-nous de ce qui est, conservons nos souve- « nirs. C'est quelque chose que d'avoir vécu à la grande « époque ; nos enfants ne comprennent pas cela. » (Lettre du 18 février 1849.) Plainte ordinaire aux vieux soldats, qui ne vivent que dans le passé et qui ne se prêtent pas volontiers à de nouvelles mœurs.
Le capitaine Desbœufs mourut à Perpignan, en 1859. Conservés dans sa famille avec un soin respectueux, ses souvenirs n'ont été communiqués qu'à quelques intimes, notamment au général Faidherbe, camarade de promotion du fils aîné de l'auteur.
C'est à l'un de ses petits-fils qu'échoit l'honneur de les