‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 61 sur 121 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

du canon de Gratz. Le corps d'armée se mit à la poursuite de l'ennemi et traversa le faubourg où s'était livré le fameux combat. Plus de six cents Autrichiens venaient d'être enterrés au cimetière Saint-Léonard et l'on s'occupait encore à creuser de nouvelles fosses. Dans cette affaire, trois régiments français avaient culbuté vingtcinq mille hommes ; le 84e seul avait tenu tête à plus de dix mille ennemis. Nous allions atteindre Giulay sur les frontières de la Hongrie, quand un ordre de l'Empereur nous rappela à Gratz, d'où la division Broussier partit avec nous. Je vis, ce jour-là, les colonels Gambin et Oudet, qui venaient de s'immortaliser. Ce dernier, moins heureux que son collègue, devait périr quatre jours après dans la plaine de Wagram, où la division Broussier enfonça le centre de l'armée autrichienne et se couvrit d'une nouvelle gloire. Le 5 juillet, nous entendîmes le canon tout l'après-midi, nous passâmes près de Vienne et nous bivouaquâmes au pont du Danube. On voyait près de là la voiture de l'Empereur, les équipages et les cantiniers de l'armée. J'achetai du pain blanc, du jambon, du fromage et du vin, et comme je venais de faire cinquantesix lieues en quatre jours sans manger autre chose que du pain de munition, je soupai de bon appétit x.

1. Il est intéressant de comparer tout ce chapitre, ainsi que le suivant, avec les Mémoires de Marmont (1853, 9 vol. in-8). La fin du tome II, et le tome III tout entier, sont consacrés à la Dalmatie et à la campagne de Wagram. Tome III, pages 40-42, le duc de Raguse donne des détails sur les quatre grandes rivières de la Dalmatie. Les études en vue d'une campagne éventuelle en Turquie, dont parle Desbceufs à la page 89, sont aussi signalées par Marmont, tome III, p. 56. (Note de Védileur.)

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