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CHAPITRE VII. l

Nous partîmes pourUdine, d'où je revins à Laybach avec mission d'y déposer le matériel de la compagnie et de remettre les chevaux à l'intendant de Goritz, chargé de les placer chez les propriétaires des environs. De retour à Udine, je fus logé dans un café où j'occupais une chambre du second étage ayant vue sur une terrasse située au premier étage et sur la cour. Un jour, de très bon matin, je sentis un malaise qui me réveilla; ma chambre était remplie de fumée et la porte brûlait. Je me hâtai de jeter par la fenêtre mes effets et les matelas du lit sur la terrasse et je me laissai choir dessus. De là je descendis dans la cour, où j'appris que le feu avait commencé par une mouchure de chandelle tombée par mégarde sous le comptoir.

J'allai voir Venise avec d'autres officiers ; nous traversâmes le pont du Rialto et la place Saint-Marc; nous admirâmes le palais du Doge, l'église aux cinq dômes et le clocher isolé haut de plus de cent mètres, etc. Je n'ai rien vu, comme ville, d'aussi beau que Venise; ses maisons en terrasse couvertes d'arbustes et ses canaux parsemés d'élégantes gondoles offrent un coup d'oeil ravissant.

ici. — Comment ! le pont est tombé ? dit le colonel étonné. — Sans doute, reprit le général, ne le savez-vous pas? —Non, vraiment, » dit le colonel, et appelant son sapeur d'ordonnance, il lui demanda comment il ne l'avait pas prévenu de la chute du pont : « Parce que je n'en savais rien, » dit le sapeur. — « Vous n'en saviez rien? Voilà comme vous êtes, vous autres, vous ne savez jamais rien. Allez voir cela. » Le sapeur revint assurer au colonel que le pont était toujours à sa place. « Mais, s'il en est ainsi, dit le général, quel intérêt pouvait avoir cet officier à me tromper? — Je saurai cela, » répondit le colonel, et s'adressant au sapeur : « Amenez-moi, lui dit-il, le premier officier que vous trouverez sur la place. » — Julien, qui se tenait aux aguets, se présenta et suivit le sapeur : « Qui a dit au général que le pont était tombé? » demanda le colonel : « C'est moi, répondit Julien. — Pourquoi l'avez-vous trompé? — Pour vous procurer le plaisir de lui donner à souper, et pour l'empêcher peut-être de se tuer en voyageant de nuit par de si mauvais chemins. — Ah! dit le général en riant, puisque Monsieur avait de si bonnes intentions, il mérite bien que vous l'invitiez à souper avec nous. » Ce que le colonel trouva fort juste.

l38 SOUVENIRS DU CAPITAINE DESBCEUFS.

Le colonel partit pour Paris. Barbereau, ancien aide de camp, passé capitaine au régiment depuis peu, s'empara de l'esprit des deux chefs de bataillon et se rendit le tyran du régiment. Il insinua aux capitaines que la familiarité qui existait entre eux et les autres officiers en campagne devait cesser en garnison, et les engagea à prendre envers nous ce ton de supériorité qui convenait, disait-il, à leur grade. La première fois qu'il fut de semaine, au lieu de recevoir individuellement les cartes d'appel, comme cela se pratiquait au régiment, il nous fit former en cercle autour de lui, et nous retint jusqu'à ce qu'il eût reçu le rapport des compagnies logées à l'autre extrémité de la ville; nous manquions ainsi tous les soirs le commencement du spectacle. Il n'ignorait pas que cette mesure nous était désagréable, et comme il ne tenait aucun compte de la contrariété que nous éprouvions, je pris un soir la parole et je lui dis : « Capitaine, quand on arrive dans un corps, on se renseigne sur la manière dont se fait le service et l'on s'y conforme ; je vous déclare donc que nous n'attendrons plus qu'il vous plaise de nous renvoyer. » Pour toute réponse, il m'infligea quinze jours d'arrêts ainsi qu'à tous les autres officiers de semaine, et il dit au commandant que j'étais un insolent. Les quinze jours finis, il prétexta une indisposition et il garda le lit. D'après le règlement qu'il avait mis lui-même en vigueur, nous devions le remercier de la levée de nos arrêts; je me rendis chez lui avec un lieutenant à qui j'avais communiqué mon dessein. Nous le trouvâmes seul : « Je viens, lui dis-je, vous remercier de la levée de mes arrêts et vous demander raison de l'insulte que vous m'avez faite en me traitant d'insolent. » 11 me répondit d'un ton hautain et d'un air de mépris : « Ah ! ah ! vous êtes bien hardi! allons, passez-moi la porte ! » et me la désignant du doigt avec autorité, il ajouta : « Allons

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