‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 84 sur 121 · CHAPITRE VIII. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. l

je crus n'être plus en Espagne. Le soir j'appris que l'armée avait enlevé plusieurs camps retranchés et pris près de trente pièces de canon.

Mes camarades s'étaient réunis dans une maison qu'ils avaient abondamment pourvue de meubles et de provisions, surtout de vins de différentes qualités. Quelques habitants venus le lendemain ayant été bien reçus, notre bourgeoise, vieille veuve, se hasarda aussi à nous faire sa visite. Elle s'attendait à trouver sa demeure dans le plus grand désordre, elle y vit au contraire régner le luxe et l'abondance ; nous la gardâmes à dîner avec nous, elle se grisa un peu et s'en retourna très satisfaite.

Les quatre compagnies du centre de notre bataillon allèrent à la tranchée la nuit du 2 janvier l. Nous enfilâmes un boyau et, parvenus à deux cents mètres des remparts, nous construisîmes deux batteries sous le feu de l'ennemi. Bravant les boulets, les obus, la mitraille et les pots à feu qu'on nous lançait, nous fîmes un travail si prodigieux que, sur le rapport des officiers du génie, le maréchal nous cita comme modèles, à l'ordre du jour de l'armée, et ordonna que dorénavant le régiment aurait double ration d'eau-de-vie chaque fois qu'il irait à la tranchée.

Le lendemain la brigade s'établit à portée du canon de la place, sous une allée de palmiers, et occupa de petites baraques de roseaux couvertes de chanvre. Une bombe mit le feu aux baraques pendant la nuit et la lueur de l'incendie permit à l'ennemi de diriger ses projectiles sur les soldats qui cherchaient à sauver leurs effets. Onles voyait, à l'arrivée des obus, se baisser pour éviter les éclats, puis se relever et se baisser encore. Cette scène de destruction avait ainsi son côté plaisant. Les régiments qui nous

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