a. (Note de l'éditeur
l56 SOUVENIRS DU CAPITAINE DESBŒUFS.
avaient précédés dans cette position avaient brûlé les mûriers et les garofiiers ; nous fûmes obligés, pour nous préserver du froid, de couper les orangers; on les mettait au feu chargés de leurs fruits, dont nous étions rassasiés, tandis que nous manquions de pain et de viande.
Le bataillon alla deux autres fois à la tranchée ; et, le 9 au matin, il fut désigné pour conduire des canons sur les glacis, en passant à travers les maisons du faubourg de Madrid, qui avaient été percées à cet effet. Tandis qu'on armait les batteries, le bataillon, placé dans un cheminement pratiqué le long du chemin couvert, tirait sur les remparts, défendus particulièrement par des moines, qui nous prodiguaient les coups de canon et les injures et qui élevaient des petits enfants en l'air, en nous criant en espagnol : « Tue ! Français, tue ! » Le soir nous rentrâmes à la position, éclairés par les bombes, dont plus de trois mille avaient déjà été lancées dans la place ; enfin, dans la matinée du 10, lorsqu'on était prêt à démasquer toutes les batteries et à donner l'assaut, on nous annonça que la ville venait de se rendre et que dix-huit mille soldats et vingt généraux étaient prisonniers. Une heure après, le régiment traversa les travaux de l'attaque, descendit dans le chemin couvert et alla former la haie le long du faubourg de Murviedro. Là nous apprîmes que la brigade était chargée de conduire environ six mille prisonniers en France, par la route que nous avions déjà parcourue. Malgré la pluie, nous fîmes toilette pour faire honneur aux vaincus, et bientôt le général en chef Blake, suivi des autres généraux et d'un grand nombre d'officiers supérieurs, défila devant nous à la tête de l'armée espagnole. La route était encombrée de prisonniers et de troupes qui, de Murviedro, prirent le chemin de la Catalogne. Notre brigade partit tard et bivouaqua à deux lieues de Valence, dans des