‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 93 sur 121 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Commandement de la place d'Huesca. — Le Gastillo. — Le grade de lieutenant. — Assiégés par Mina. — Une action d'éclat; citation à l'ordre du jour. — Nouvelles attaques. — Retraite périlleuse.

La plus horrible misère régnait dans Saragosse. Les rues étaient jonchées de pauvres expirant de faim, et les soldats, semblables à des squelettes, périssaient par centaines dans les hôpitaux. Je me présentai, en arrivant, chez le général Paris. Il me fit un accueil distingué et me dit : « Monsieur le lieutenant, j'ai fait choix de vous pour « commander la garnison d'Huesca, la seconde ville de « l'Aragon, où deux garnisons de gendarmes à pied se « sont rendues lâchement à l'ennemi depuis peu. Je sais « qu'il n'en sera pas de même de vous. Vous trouverez dans « cette ville un bataillon italien, quarante gendarmes à « cheval et un détachement de cent hommes de votre régi- « ment, commandés par deux officiers moins anciens que « vous, d'après l'ordre que j'en ai donné à votre major. « Vous partirez demain matin avec vos soldats de Fuen- « tes et cinquante convalescents du 81e que vous prendrez « à la Maison-Blanche. A votre arrivée, le bataillon ita- « lien rentrera à Saragosse. » Il ajouta qu'il envoyait à Huesca un vieux capitaine d'état-major qui commanderait la place et qui serait chargé des détails de l'administration, tandis que je serais chargé de la partie militaire ; qu'au reste il était persuadé que nous nous entendrions

pour tout ce qui regarderait le bien du service. Je lui répondis : « Général, je suis flatté de la confiance dont « vous m'honorez, je la justifierai, et si vous apprenez « que le Gastillo, d'Huesca a été pris une troisième fois, « vous pouvez être sûr d'avance que je n'existerai plus. » Le général me fit un signe de tête approbatif et m'invita à dîner.

Deux jours après, j'arrivai à Huesca et je m'établis au Castillo situé à l'est et à trente pas de la ville. Ce Gastillo était un couvent de forme carrée, crénelé et garni à chaque angle d'un tamboiir qui flanquait les faces, mais sans artillerie. Il avait deux portes, l'une sur la façade principale et l'autre sur la face opposée. Il était entouré d'un fossé sec, et l'intérieur offrait une vaste cour carrée. Je répartis mes soldats sur les quatre côtés du bâtiment, et ayant pris toutes les mesures de sûreté que la prudence commandait, je donnai les ordres pour le service et la discipline du détachement. Mes relations avec la ville furent assurées au moyen d'un poste de vingt hommes placé dans un lieu convenable et d'un autre poste de quatre soldats qui se tenaient sur le clocher le plus élevé ; ils étaient pourvus de vivres et de munitions et étaient chargés de signaler l'approche de l'ennemi et de l'inquiéter par leur fusillade s'il occupait la ville. Ces deux postes rentraient la nuit.

Quoique la ville d'Huesca soit assez étendue, on n'y comptait alors que huit mille âmes. Avant la guerre, elle renfermait deux mille étudiants se destinant aux ordres ecclésiastiques. Le maitre-autel de la cathédrale, en marbre blanc travaillé avec art, passe pour un chef-d'œuvre. Cette place, située dans une belle plaine, était alors d'une grande importance à cause des ressources en comestibles qu'elle fournissait.

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