‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 96 sur 121 · CHAPITRE IX. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. I

geai le reste de la garnison en deux troupes, dont l'une, dirigée par le commandant, occuperait les créneaux du côté de la ville, et dont l'autre, sous les ordres de M. Kéroulas, mon second officier, se rangerait devant le Castillo. Ce piquet assurait mes derrières et était protégé luimême par les soldats du commandant. Je prévins ensuite M. Lejeune que, lorsque nous serions arrivés au bout de la rue que le feu du Gastillo enfilait, il prendrait à droite et moi à gauche, et qu'en débouchant dans la grande rue qui traverse Huesca du midi au nord, nous marcherions l'un vers l'autre, en tuant ou faisant prisonniers tous les Espagnols que nous rencontrerions sur notre passage. Comme cette partie de la grande rue est située au centre de la ville, je pensais que les chefs espagnols s'y trouveraient peut-être, ainsi que l'artillerie. Tout étant ainsi réglé, quelques soldats sortirent du Gastillo, avec ordre d'éloigner les vedettes ennemies, en les couchant en joue sans tirer. Après quoi, je partis au pas accéléré. Les habitants qui nous voyaient passer étaient ébahis et avaient peine à croire que cinquante hommes fussent assez hardis pour en attaquer dix-huit cents ; ils se tenaient sur les portes et aux croisées, et ils exprimaient par des gestes et des exclamations leur profond étonnement. Parvenus à l'embranchement des rues, nous primes chacun de notre côté. M. Lejeune, en entrant dans la grande rue, vit l'ennemi en force et sous les armes, il commanda le feu, et ignorant le pouvoir d'une surprise, au lieu d'exécuter les ordres donnés, il tirailla et se retira sous la protection du Gastillo. Arrivé moi-même dans la grande rue, je ne découvris aucune troupe du côté par où devait venir M. Lejeune, et j'aperçus au contraire à ma gauche deux cents hommes environ, dont les uns avaient l'arme au bras ou au pied et les autres contre le mur. Je comman-

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dai : « Joue, feu ! à la baïonnette ! » et nous nous élançâmes sur eux. Deux tombèrent et plusieurs furent blessés. Ces Espagnols, épouvantés, se mirent à fuir à toutes jambes, abandonnant un cheval et un mulet qui portait une pièce de canon. Je courais parmi les fuyards, allongeant des coups d'épée à droite et à gauche, et ne m'arrêtai qu'à l'entrée de la maison qu'avait occupée Mina dans ses expéditions précédentes. Ma première idée fut de monter dans les appartements, mais je réfléchis qu'il n'était pas homme à m'attendre les bras croisés, et qu'en perdant un temps précieux, je risquais moi-même d'être fait prisonnier. Je revins dans la rue ; mes soldats, embusqués derrière les degrés dune église et aux angles des maisons, tiraillaient avec quatre ou cinq cents hommes qui se groupaient plus loin. Quel pouvoir le fantôme de la gloire et l'habitude des combats n'ont-ils pas sur nous ! J'étais tranquille sous le feu d'un bataillon, tandis qu'aujourd'hui, père de famille, je ne recevrais pas sans émotion un seul coup de fusil à pareille distance. L'ennemi s'avançant, je donnai à propos l'ordre de rétrograder ; une sentinelle, que j'avais laissée en arrière, se replia et m'avertit que la troupe qui avait repoussé M. Lejeune marchait aussi vers nous. La rue tournait. Nous nous trouvâmes tout à coup en présence de l'ennemi, et on fit feu simultanément et presque à bout portant. Aucun de mes soldats ne fut blessé par cette fusillade, soit à cause de la précipitation avec laquelle on tira, soit parce que les fusils relevèrent, et que les soldats visent toujours trop haut. Nous enfilâmes promptement la rue par laquelle nous étions venus, et je m'arrêtai à un détour avec une dizaine d'hommes. Après avoir tiré sur les premiers Espagnols qui se montrèrent, nous courûmes à un second détour. De cet endroit au Gastillo, la rue était longue et droite.

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