‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 99 sur 121 · CHAPITRE IX. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. l

Depuis cette époque, le nombre de nos ennemis alla sans cesse en augmentant; la ville était rançonnée à chaque instant par des partis espagnols qui enlevèrent jusqu'aux livres des bibliothèques et jusqu'au plomb des églises pour

du 81e régiment n'a point étonné S. E. M. le maréchal, et il se plaît à louer devant l'armée le capitaine Couly, le lieutenant Desbceufs, le lieutenant Kéroulas, plusieurs sous-officiers et généralement tous les militaires qui composaient cette brave garnison.

Extrait de la lettre du colonel

Terrier, colonel, commandant le 8i* régiment de ligne, à M. Desbœufs, lieutenant commandant un détachement du même corps au Castillo d'Huesca.

« Monsieur,

« J'ai reçu dans le temps toutes vos lettres et les détails que vous m'avez adressés, tant sur les objets de service et d'administration du détachement dont le commandement vous est confié que relativement à l'affaire honorable que vous eûtes à soutenir le a; novembre dernier. Votre brillante conduite dans cette occasion n'a fait qu'augmenter le degré d'estime et de considération que je vous portais déjà, d'après les témoignages avantageux que M. le major et nombre d'officiers m'avaient rendus de vos principes et de votre manière de servir. L'empressement et l'exactitude avec lesquels vous m'avez rendu compte de tout, joints aux sages réflexions que j'ai observées dans vos lettres, m'ont pleinement convaincu que vous méritez l'excellente opinion dont vous jouissez dans l'esprit de vos chefs et camarades.... »

Cette lettre est dans mes papiers.

Le chef de bataillon Savary, resté malade à Huesca, me rapporta qu'ayant dit au colonel de demander la croix pour moi, le colonel lui avait répondu que cela n'était pas nécessaire, parce que M. le maréchal connaissait l'action et ferait lui-même la demande s'il le jugeait à propos. En conséquence, il m'engagea à lui écrire et il apostilla ma lettre. Le maréchal me répondit de Saint-Philippe, le 28 avril i8i3, que je méritais la décoration, qu'il s'intéresserait auprès du ministre en ma faveur et qu'il serait bien aise que le succès de sa recommandation correspondît à mes désirs. Après l'évacuation du Castillo, je lui écrivis de nouveau pour lui rappeler sa promesse; il me répondit de Barcelone, le 19 octobre, qu'il ferait avec plaisir une seconde demande, si elle était appuyée par le général Paris. Le général me communiqua la lettre qu'il lui adressait; il lui disait que j'étais un des officiers les plus braves et les plus intelligents qu'il eût connus. Au commencement de i8i5, je fis part des lettres du maréchal au général Daricau, commandant la division à Perpignan. Il adressa au ministre une nouvelle demande qui n'eut pas plus de succès que les autres. Enfin les croix furent si indignement prodiguées plus tard que je n'y attachais plus le même prix.

l84 SOUVENIRS DU CAPITAINE DESBŒUFS.

en faire des cartouches. Je leur livrais sou vent des combats partiels dans les rues et leur donnais parfois des alertes de nuit; à cet effet, j'avais pourvu mon détachement d'espadrilles. Un soir je me postai en dehors des murs, près d'un trou qui leur servait de passage, tandis qu'un autre détachement simulait un combat dans la ville. Les Espagnols, surpris et épouvantés, vinrent se jeter en foule dans le piège tendu ; nous entuâmes deux et en blessâmes plusieurs. Les autres réussirent à s'échapper à la faveur de l'obscurité.

L'église où nous entendions la messe étant peu éloignée du Castillo, nous ne cessâmes d'y aller que dans les derniers mois, lorsque la présence continuelle de l'ennemi m'eut obligé de retirer les postes de la ville et du clocher.

Cette messe avait ses dangers et exigeait de grandes précautions. La moitié du détachement était dans l'église, les fusils chargés ; vingt hommes gardaient la porte et le reste se tenait sous les armes au Castillo. Il était à craindre qu'il n'y eût des rebelles cachés dans la foule et que, secondés par ceux qui viendraient du dehors, ils ne cherchassent à nous désarmer et à s'emparer ensuite du Castillo. Aussi, tandis que je montrais un visage tranquille, assis sur un banc près du maître-autel, j'avais toujours l'œil et l'oreille au guet. Il fallait en effet que les Espagnols eussent conçu une bien haute idée de notre bravoure, pour n'avoir pas osé tenter un pareil coup de main, et nous méritions peut-être d'être corrigés de l'amourpropre qui nous avait empêchés de renoncer plus tôt à ce simulacre de dévotion.

Comme il aurait suffi aux Espagnols de gagner une sentinelle, à force d'argent, pour nous égorger tous, et qu'ils avaient souvent recours à des tentatives de ce genre, on faisait des rondes tous les quarts d'heure, et je visi-

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