‹ Souvenirs du Chanoine SchmidChapitre 14 sur 61 · C. SCHMID, CURÉ d'oBERSTADIÔN · texte numérisé non relu

C. SCHMID, CURÉ d'oBERSTADIÔN

C. Schmid choisit pour texte ce passage de l'Ecriture : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ! » Loin de raconter la vie scandaleuse du défunt, l'orateur parla de la sincérité de sa conversion, et ajouta que le mourant l'avait chargé de demander pardon à tous ceux à qui il avait pu nuire pendant sa vie, de quelque manière que ce fût; puis il termina en recommandant son âme aux prières des assistants. Les auditeurs s'en retournèrent émus, et plusieurs de ceux qui étaient venus animés de mauvaises dispositions, rentrèrent chez eux heureux et satisfaits.

Le séjour de Stadion plaisait à Schmid; dans la suite, il rappelait avec bonheur les jours heureux qu'il y avait passés. Les occupations nombreuses et souvent désagréables, occasionnées par les biens immenses attachés à cette paroisse, ne lui causaient aucun souci ; ils étaient administrés par sa sœur et son frère. Ce dernier, homme cultivé et d'une grande sérénité de caractère, contribua pour beaucoup à rendre à Schmid le séjour de Stadion agréable. C. Schmid parlait volontiers de ce frère. Voici, entre autres, une petite histoire qui le concerne :

Depuis son arrivée à Stadion comme employé aux finances du comte, ce frère avait F habitude de suspendre la clef du magasin de blé, non pas à un clou, comme on avait fait jusqu'alors, mais à un

aimant. Le domestique ayant un jour cherché inutilement cette clef, le frère de Schmid la lui montra suspendue en l'air. Le domestique resta immobile d'étonnement et n'osa pas la toucher, ce Tirez seulement, lui dit gravement le maître des finances, elle ne manquera pas de venir. » Le domestique se mit à tirer, et s'éloigna en branlant la tête. Lorsqu'il revint et voulut suspendre la clef à son ancienne place, le maître des finances lui dit de la remettre où il l'avait prise. Nouvel étonnement de la part du domestique lorsqu'il vit que la clef restait suspendue. Comme il ignorait les effets de l'aimant, il jeta un regard terrifié sur le maître des finances, qui continuait tranquillement d'écrire. Le domestique fit part de ce prétendu miracle à ses connaissances, et ajouta qu'il ne serait pas facile de tromper le nouveau maître des finances, attendu qu'il savait faire des tours de magie.

Il y avait au château de Stadion, de même qu'à Thannhausen, un parc magnifique dans lequel Schmid aimait à se promener. Le jardinier, s'étant aperçu qu'il affectionnait les fleurs, avait l'habitude de lui porter toujours les plus belles pour en orner sa chambre et le maître-autel de l'église. Schmid conservait encore à un âge très-avancé le souvenir de ce bon jardinier. En été, le comte revenait presque toujours avec sa famille de Vienne à Stadion, où il témoignait à Schmid toutes les marques de défé-

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rence, et passait, ainsi que la comtesse, des heures entières en sa compagnie. Quand Schmid fut devenu chanoine d'Augsbourg, ils allaient lui rendre visite chaque fois qu'ils passaient par cette ville, et les enfants du comte lui écrivaient.

Parmi les ecclésiastiques du voisinage, Schmid honorait principalement le prélat Frédéric de Walter, alors curé de Kirchbirlingen. Cet homme si vénérable et si pieux était le dernier prélat de l'abbaye de Marchthal, de l'ordre des prémontrés, située dans la Haute-Souabe. Lorsqu'en 1803 cette prélature fut supprimée , et échut avec tous ses domaines et ses revenus à la maison princière de Taxis, Frédéric de Walter reçut une pension de 5,500 florins, et eut à sa disposition une voiture et quatre chevaux, avec la faculté d'habiter le château de Scheer ou celui de Schemmerberg. Ce prélat pouvait donc mener une vie douce et commode; mais il préféra une existence active et laborieuse. Au lieu d'habiter l'un des châteaux qu'on lui offrait , il demanda au prince de Taxis la paroisse de Kirchbirlingen, paroisse très-difficile, où il fut curé jusqu'à sa mort et produisit un bien considérable. Ses immenses revenus étaient presque entièrement consacrés à des œuvres de bienfaisance; il fit des fondations pour les pauvres et pour les enfants, de même que pour les domestiques qui, ayant longtemps et fidèlement servi dans sa h. I()

paroisse, s'étaient comportés d'une manière irréprochable.

C. Schmid se sentit attiré vers cet homme aux sentiments si élevés, et, de son côté, M. de Walter conçut pour Schmid, considéré comme homme, comme prêtre et comme écrivain, une estime sans bornes. N'étant éloignés l'un de l'autre que dune lieue et demie, ils se fréquentaient très-souvent, et il n'était pas rare de voir ce digne prélat, qui portait constamment l'habit de son ordre et une croix d'or sur la poitrine, s'arrêter avec ses magnifiques chevaux devant le presbytère de Stadion. Comme il était en grande vénération dans toute la contrée, où le peuple l'appelait ordinairement du nom de « gracieux seigneur, » les paysans de Stadion étaient flattés que leur curé fût ainsi honoré de lui, et ils ne l'en respectaient que davantage. Pendant les belles journées de printemps et d'été, Schmid allait volontiers à pied à Kirchbirlingen. Le chemin passait à travers des forêts de hêtres et de sapins, et à travers des collines où la vallée du Danube et la chaîne des Alpes présentaient le plus ravissant spectacle. Pendant ces promenades, Schmid se récréait en prêtant l'oreille aux douces mélodies des oiseaux et en se laissant aller au charme paisible de ces lieux solitaires. Ses ouvrages, notamment celui de Rose de Tannenbourg, contiennent des descriptions de cette contrée.

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