C. SCHMID, CURÉ d'oBERSTADION
pagnent si souvent ces pérégrinations, tout en faisant généreusement ressortir ce qu'il y avait d'étroit dans une mesure qui, en prétendant renfermer dans l'enceinte de l'église paroissiale l'expression du culte que le peuple rend à Dieu, peut être un obstacle à la piété. « Une ordonnance de police, disait-il entre autres, qui défend les pèlerinages dans un but religieux, m'a semblé une mesure extrêmement malheureuse. Quand on parcourt le Guide des voyageurs, de Stern, où du -reste il n'est point fait mention des pieux voyageurs, à moins qu'ils ne soient compris dans la catégorie des voyageurs sentimentalistes et innocents, on n'y trouve aucune classe à laquelle l'Etat ait interdit les voyages, à l'exception de ceux qui ont pour but de favoriser l'impunité d'un crime. Si l'on permet et approuve les pérégrinations des savants et des artistes, celles des négociants qui cherchent à se perfectionner dans leur état, depuis le spéculateur en grand qui va à la foire de Francfort, jusqu'au petit colporteur qui se rend à la foire avec ses marchandises sur le dos, il ne saurait être permis d'inquiéter dans sa route celui qui espère gagner quelque chose en voyageant pour Dieu, à moins qu'on ne veuille dire que les intérêts religieux sont inférieurs aux intérêts temporels. Les pèlerinages, abstraction faite de leurs inconvénients, ont du moins cet avantage qu'ils fournissent à des personnes pieuses une récréation con-
forme à la nature humaine, et peuvent même, là où il sont faits sous la direction d'ecclésiastiques éclairés, versés dans la connaissance de la religion et du cœur humain, guérir certaines maladies intellectuelles. »
Après avoir développé les raisons pour lesquelles les fidèles vont visiter des églises lointaines, Schmid ajoutait :
« Un autre motif pour lequel les hommes visitent des églises étrangères, c'est la puissance que les arts exercent sur Famé humaine. Les magnifiques églises catholiques dont est parsemée l'Allemagne, ainsi que les admirables chefs-d'œuvre qu'elle renferme, existent- ils uniquement pour la ville qui les possèdent? Ne sont -ils pas le commun héritage de la nation? L'homme du peuple lui-même entre pénétré d'une sainte horreur dans ces respectables monuments du talent et de la piété de nos ancêtres, et ces édifices imposants et gigantesques éveillent le sentiment de l'infini. Combien le son majestueux des cloches agit puissamment sur le cœur de l'homme sensible ! Et les flots d'harmonie, que l'orgue répand du haut des voûtes élevées et qui accompagnent les voix innombrables de l'homme, que de fois n'ont-ils pas ému et ébranlé le pécheur qui ne les entendait qu'en passant? Combien sont éloquents les tableaux des grands maîtres qui représentent sous une forme si frappante ce qu'il y a de