II
sortir de ma carrière et de substituer au titre sonore d'inspecteur scolaire celui de simple vicaire.
Sur ces entrefaites parut l'histoire sainte, qui, tout imparfaite qu'elle fût, reçut un accueil auquel je ne me serais jamais attendu. Elle fut adoptée dans toutes les écoles de la Bavière, et réimprimée plusieurs fois en Autriche, en Suisse, dans le Wurtemberg, dans le grand-duché de Baden, et plus loin encore dans les contrées qui avoisinent le Rhin ; elle fut traduite en français et en italien. Quand, lors des examens scolaires qui avaient lieu à Àugsbourg, j'entendais lire dans cet ouvrage, j'étais étonné de n'avoir pas mieux composé tel ou tel passage ; mais quand je me rappelais ma position d'autrefois, je n'étais pas moins surpris d'avoir pu, malgré tous ses défauts, la mener à bonne fin.
Les autres publications que je fis pendant mon séjour à Thannhausen sont peu de choses, comparées à mes écrits postérieurs. Les premières Leçons sur Dieu, que le peuple appela le Petit livre d'or, furent l'affaire de quelques semaines, pendant lesquelles le médecin m'avait défendu de tenir la classe. J'en avais déjà conçu l'idée pendant mon préceptorat a Dillingen. Le Bonheur d'une bonne éducation fut composé pour servir aux enfants de modèle de style épistolaire, d'exercice dans la lecture et l'écriture; voilà pourquoi il est imprimé en caractères semblables à ceux de l'écriture ordinaire. Bien qu'il
parût former un tout complet, il n'était fait qu'à moitié et ne fut achevé que plus tard.
Quelques années après , la double fonction de régent et de vicaire m'étant devenue trop pénible, et ma santé ayant commencé à en souffrir, un changement se produisit dans ma position, et je pus respirer plus librement. Le bénéfice de la première messe ayant été joint au bénéfice scolaire, je pus habiter la maison d'école, et, ce qui eût été impossible auparavant, je pris ma sœur Françoise avec moi et je fis ménage à part. J'eus alors beaucoup d'instants de loisirs, quoique limités, que je consacrai à mes petits travaux pour la jeunesse et ses amis. Comme précédemment, je continuai d'être chargé de la direction de l'école et de l'instruction religieuse. Les services volontaires que je rendais dans le ministère, les sermons que je faisais à mon tour, les catéchismes des enfants et surtout les confessions, devant, comme devoirs de vocation, précéder tout le reste, me laissaient peu de temps pour mes travaux littéraires. De nouvelles occupations vinrent encore s'y ajouter. Le comté de Thannhausen étant échu à la couronne de Bavière, je fus nommé inspecteur scolaire pour toutes les localités de la haute juridiction d'Ursperg, en-deçà du Mindel f et de la seigneurerie d'Edelstellen, au-delà du Mindel. Mes occupations devinrent très-nombreuses.
Pour répondre à toutes les questions qu'on m'a-
dressait sur l'état des écoles, il me fallut parcourir le district en entier. Toutes les écoles des villages situés dans les montagnes durent être réorganisées ; il fallut construire des édifices nouveaux, réparer les salles, introduire l'habitude de faire classe en été comme en hiver, obliger les instituteurs de prendre note des absents, etc.; toutes mesures qui étaient pour les paysans étranges et inouïes. Des délégués arrivaient en foule pour faire des représentations au nom de leurs communes, et j'avais mille maux de leur faire entendre raison. Il fallait apaiser les contestations qui éclataient entre les régents et les communes. Tous les instituteurs durent déclarer à combien s'élevait leur traitement, et il me fallut constater et approuver leurs déclarations. Outre ces visites scolaires, j'avais encore à instruire quelques aspirants à la carrière de régent.
Au milieu de tant de travaux et d'écritures, je ne pus composer que les OEufs de Pâques, que je donnai en étrennes à mes élèves. Vint ensuite Geneviève, dont ma vieille tante m'avait si souvent raconté l'histoire , ainsi qu'à mes frères et sœurs, en versant des larmes abondantes. Ces deux petits écrits forment à peine un volume de mes œuvres complètes. Les histoires, comédies et pièces de vers contenues dans les dix-huit volumes de mes œuvres, furent pour la plupart composées à Thannhausen, dans le but d'instruire et de récréer la jeunesse, et
surtout pour servir de lectures à la fin de la classe. Les petites pièces de théâtre étaient exécutées au carnaval ou dans d'autres circonstances ; mais elles ne purent être imprimées que lorsque je fus curé de Stadion, dans le Wurtemberg, et après qu'elles eurent subi les remaniements nécessaires. Une grande partie de mes œuvres ne fut composée que plus tard.
Je regarde comme une disposition spéciale de la Providence d'avoir été placé à Thannhausen, et je l'en remercie; j'espère aussi que ma présence et mes travaux n'y auront pas été sans quelque utilité. En ce qui concerne mes ouvrages pour la jeunesse, je ne puis m'empêcher de croire que si j'avais eu des loisirs convenables, et si je n'avais pas passé les meilleures années de ma jeunesse dans un enseignement inférieur, et dans les exercices continuels de la lecture, de l'écriture et du calcul, je serais devenu un écrivain. Pourtant, le bon Dieu ayant béni mes efforts au-delà de toute attente , je ne saurais assez lui en témoigner ma reconnaissance.
Quand je fus chargé de la direction et de la surveillance de l'école de Thannhausen, je trouvai qu'on avait mis beaucoup de zèle à instruire les enfants, mais que la méthode était fort défectueuse. Dans la correction que j'en entrepris, je commençai par la lecture.