La lecture
Pour apprendre les lettres aux enfants qui fréquentaient l'école pour la première fois, et qui étaient très-nombreux, je fis venir de Munich quelques alphabets de lettres imprimées, tant en gros qu'en petits caractères; je les fis suspendre sur de petites planches ayant à peu près quatre pouces de hauteur et deux de largeur, et soutenues sur le tableau par des perches transversales. Les enfants commencèrent par apprendre les grandes lettres. Ne voulant pas les retenir longtemps au ba, bé, bi, bo, bu, je leur fis aussitôt composer des mots ayant un sens, les uns de deux,, puis de trois et enfin de plusieurs syllabes; par exemple : Je, toi, nous, vous, œil, Dieu, monde, etc.
Au lieu d'une demi- feuille collée sur du carton et chargée de petites lettres latines et allemandes, je ne laissai entre les mains des enfants qu'un petit feuillet in-8°, portant le petit et le grand alphabet avec des mots de deux et de trois syllabes.
Les lettres séparées, qui étaient sur bois, je les mis dans une boîte à cassetins, semblables à ceux d'une imprimerie. Ce système me rendit de bons services.
Pendant mon indisposition de quinze jours, je rédigeai un petit livre de lecture, composé d'une feuille unique. Je ne voulais d'abord y admettre que quelques phrases avec des monosyllabes; mais cet exercice me fit découvrir dans la langue allemande des propriétés toutes particulières. Il me fut très-facile de remplir la première moitié de la feuille en traitant de Dieu au moyen de phrases où n'entraient que des monosyllabes. Dans la seconde moitié, je parlai de Jésus-Christ, en me servant de syllabes séparées les unes des autres. Dans la, suite, je trouvai qu'il serait aussi possible d'enseigner aux enfants, dans quelques feuilles seulement, ce qu'ils devaient savoir touchant le Saint-Esprit, en ne séparant plus les syllabes et en employant des lettres plus petites.
De ce travail sortit un petit livre que je fis relier avec du papier en couleur, et que je distribuai aux enfants en récompense de leur application. Ils furent étonnés d'y pouvoir lire de suite. J'avais fait en sorte
que Va, b, c du petit et du grand tableau les mît en état de comprendre tout ce qui se trouvait dans le petit livre. Les enfants s'en allèrent tout joyeux à la maison en s'écriant : « Nous savons déjà lire dans ce beau petit livre ! » Non moins grandes furent la joie et l'admiration des parents, « Les enfants, disaient-ils, ont plus appris dans six semaines qu'ils n'apprennent d'ordinaire pendant tout l'hiver. »