C. SCHMID, CURÉ d'oBERSTADION
son frère en danger de mort, mais si joyeux et si content, qu'il en fut tout surpris. — Lui ayant demandé comme il pouvait être si heureux dans un pareil état : « Cher Christophe, lui répondit-il, je t'ai attendu toute la journée avec une impatience impossible à rendre, et je n'ai cessé de prier Dieu de m'accorder la grâce de voir encore une fois ta figure en ce monde. Dieu ayant exaucé ma demande, je crois pouvoir en conclure que je suis et mourrai en état de grâce. Tel est le motif de ce grand contentement que tu remarques en moi. » Une heure après l'arrivée de Christophe, son frère n'était plus.
C. Schmid disait souvent qu'il n'avait jamais vu à la mort une figure plus rayonnante que celle de son frère, et il regrettait de n'en avoir pas fait prendre l'empreinte sur du plâtre. Ce frère, dont C. Schmid a raconté dans ses Souvenirs quelques tours de jeunesse, était devenu dans la suite un ecclésiastique d'une piété .remarquable, tout en conservant une grande originalité de caractère. Il portait constamment un costume ecclésiastique trèsample, un long bâton et un large chapeau, exactement comme les prêtres français. La beauté de sa voix lui valut d'être admis pendant sa jeunesse en qualité d'enfant de chœur à la cathédrale d'Augsbourg, où il fut élevé et formé par les jésuites. On ne le voyait jamais ailleurs que dans les églises, auprès des malades et des pauvres.
Il se levait à quatre heures, en été comme en hiver. La première sortie qu'il faisait était pour se rendre à l'église et y réciter son bréviaire. Comme il avait coutume de prier à haute voix, chemin faisant, les ouvriers qui habitaient dans les rues à travers lesquelles il passait ne l'appelaient que leur horloge.
« Il est temps de se lever, disaient-ils, M. le chantre prie déjà par les rues. » Il ne conservait de son petit revenu que ce qui lui était nécessaire pour vivre; le reste, il le donnait aux pauvres. A un certain jour de la semaine, il allait dire la messe dans une chapelle située à une demi-lieue de Dinkelsbuhl. Toutes les fois qu'il arrivait là, il était attendu par une légion de pauvres auxquels il distribuait le pain qu'il ne manquait jamais d'apporter dans les poches de son costume ecclésiastique. Rencontrant un jour sur la rue un paysan qui lui amenait du bois en guise de paiement, il le conduisit devant la maison d'un pauvre père de famille et lui fit décharger son bois. Quelque temps après, sa mère se plaignant que le paysan n'amenait pas le bois : « Il a déjà trouvé son maître, lui répondit-il ; pour faire compensation, il faudra chauffer un peu moins ma chambre. »
A un certain jour de l'année, il conduisait une foule d'habitants de la ville en procession sur la belle montagne qui se trouve près d'EUwangen. Dès