C. SCHMID, CURÉ D'OBERSTADION
L'enfant mourut et fut., trois ans après, suivi dans la tombe par une sœur âgée de douze ans. Schmid, en apprenant cette désolante nouvelle, écrivit aux parents la lettre suivante :
« La nouvelle aussi lugubre qu'inattendue de la mort de la chère Nannette m'a sensiblement ému, et a rempli mon cœur d'une tristesse profonde. Je me figure aisément ce que votre cœur de père et de mère a dû ressentir à la perte de cette enfant chérie. Votre douleur surpasse sans aucun doute tout ce qu'il est possible de dire. Et pourtant, chers frère et sœur, si légitime que soit votre affliction, si sincère que soit l'intérêt que nous inspire une perte si cruelle, et malgré les larmes que nous avons accordées et accordons encore à cette chère enfant, il nous faut absolument reprendre nos sens. Nous craignons bien sérieusement que ce malheur ne vous affecte trop vivement et ne soit préjudiciable à une santé dont dépend le bonheur des deux enfants qui vous restent encore. Combien il me tarde d'apprendre que vous êtes consolés, et que vous vous soumettez pleinement à la volonté de Dieu! Volontiers je vous adresserais quelques paroles de consolation ; mais je sens combien c'est difficile. Ce que je puis vous dire, vous le savez déjà d'avance. Pourtant, il est bon de vous le rappeler. Dans de si tristes conjonctures, notre devoir est de nous bien pénétrer
des promesses et des vérités divines, et de ne les point perdre de vue.
» C'est assurément une perte immense de se voir privé d'une enfant si aimée , si pleine d avenir; de se voir enlever son appui, sa joie, sa couronne. Arrachons nos regards de cette tombe pour les élever jusqu'au ciel; car si la poussière de cette enfant repose dans la terre, la plus noble partie d'elle-même est aujourd'hui un ange glorieux. Rien ne lui manque ; et tandis que nous sommes dans les larmes, elle est dans la joie. Envions-lui son bonheur, à cet ange magnifique!
» Plût à Dieu que sa voix pût se faire entendre à vos oreilles ! c'est elle qui pourrait le mieux vous consoler. N'est-ce pas elle qui, tout enfant qu'elle était, a le mieux réussi à consoler sa mère de la perte de son bien-aimé frère? Que ne dirait-elle point maintenant qu'elle habite au séjour de la gloire? Je n'ose lui mettre la parole à la bouche; mais il me semble qu'elle ne dirait point autre chose que ce que disaient Jésus-Christ, les apôtres et l'ange qui se trouvaient un jour auprès d'un tombeau : « Ne cherchez point les vivants parmi les morts, elle n'y est point, elle vit au ciel. » Elle vous dirait : « Les mortels ne sont ici- bas que des pèlerins. Pour moi, j'ai de bonne heure achevé ma course, et me voici maintenant dans la maison de mon père. Quelque temps encore, et nous nous reverrons !