‹ Souvenirs du Chanoine SchmidChapitre 27 sur 61 · C. SCHMID, CURÉ D'OBERSTADION · texte numérisé non relu

C. SCHMID, CURÉ D'OBERSTADION

» Qui sait tout ce que la bonne Nannette aurait encore eu à endurer? A combien de dangers une fille n'est-elle pas exposée dans le monde? C'est à elle qu'est échu le meilleur sort ; elle a été enlevée dans son innocence ! »

Une femme de distinction perdit aussi dans le même temps sa fille à la fleur de l'âge. Dans sa désolation, cette mère écrivit à C. Schmid pour lui faire part de son abattement et lui demander des consolations. Schmid lui répondit :

« Il est peu de lettres qui ait produit sur moi une impression aussi profonde que celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire : c'est le cœur et le sentiment d'une mère qui l'ont dictée. L'affliction où elle m'a jeté serait plus grande encore, si ce qu'elle contient de triste n'était compensé par ce qu'elle offre de consolant.

» La noble et gracieuse Marie était donc destinée à arriver si tôt à la fin de sa carrière ! C'est pour vous, madame, qui lui étiez si attachée, et pour toute votre famille une perte irréparable. Tandis que je lisais la triste nouvelle de sa mort, il me semblait voir flotter sa douce image devant mes yeux. Elle était si modeste, et avait des sentiments si élevés ! Le doux sourire, qui souvent illuminait 3a figure, ne pouvait venir que de son innocence.

C'était un cœur noble et pur. Oh ! combien il doit être douloureux pour un cœur de mère d'assister au trépas d'une enfant si aimée !

» Mais autant cette mort a été douloureuse, autant elle est consolante. Quel bonheur pour vous de Favoir vue si patiente au milieu de tant de souffrances ! si soumise à la volonté de Dieu, au point de s'être écriée après la réception des sacrements : 4« Oh! ma mère, comme je suis heureuse et contente ! » de l'avoir entendue, la nuit même qui a précédé sa mort, prononcer ces paroles : « Je suis si bien qu'il me semble que je n'existe plus! » et le lendemain de l'avoir vue s'endormir d'un sommeil si doux et si calme! Qui pourrait en entendre le récit sans se sentir ému jusqu'au plus profond de l'âme? C'est ainsi que cet ange a disparu de la terre. Elle n'a point vu la mort, selon le mot de Jésus-Christ; elle s'est endormie doucement pour se réveiller dans le ciel.

» Si en ce moment, madame, votre fille pouvait, du sein de la gloire, parler à sa mère bien-aimée, elle lui dirait : « 0 ma mère, combien est ineffable le bonheur que je goûte maintenant! Il me semble que je ne suis plus moi-même. » La félicité que votre fille goûte maintenant auprès de Dieu est si grande, que nul œil ne l'a vue, nulle oreille ne l'a entendue, nul cœur humain ne l'a éprouvée. Qui voudrait ne point mourir à cet âge et d'une mort si rassurante?

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