C. SCHMID, CHANOINE d'aUGSBOURG
L'après-midi, quand le temps était favorable, il avait coutume de faire une promenade dans les magnifiques allées qui environnent Augsbourg. Tandis qu'il parcourait à loisir ces beaux lieux ombragés de tilleuls, il aimait à faire l'éloge des anciens habitants de la ville qui avaient construit ces délicieuses promenades. Les enfants accouraient à lui pour lui porter des fleurs et lui baiser la main. Il souriait gracieusement et remerciait avec bonté à la vue de ces aimables cadeaux que lui offrait l'innocence. Il était presque toujours accompagné dans ses promenades par un chanoine auquel il était particulièrement attaché; Eustache Rieger, nommé chanoine quelque temps après lui, était son compagnon à peu près journalier. Schmid, qui le connaissait depuis plus de trente années, louait la loyauté, la sincérité et la droiture de son caractère, la solidité de son jugement, la variété de ses connaissances en théologie, et en général dans toutes les autres branches de la science. Il avait contribué pour beaucoup à faire entrer au chapitre cet homme si noble et si apte au travail. Il me semble voir encore ces deux amis se promener ensemble, Rieger, d'une stature élevée, et, comme il était boiteux, appuyé sur un bâton; Schmid, petit de sa personne, mais marchant toujours sans bâton, la main droite passée dans son habit bleu foncé, et la main gauche sur son dos, comme on a coutume de représenter Napoléon, né
la même année et le même jour que lui. Comme le chanoine Rieger était grand connaisseur et partisan de l'histoire, qu'il savait par cœur les années et jusqu'aux jours où les batailles les plus mémorables de l'âge moderne avaient été livrées, et qu'il avait vécu à l'époque de la révolution française, l'histoire faisait le plus souvent le sujet de leurs entretiens. Schmid amenait surtout la conversation sur Napoléon, dont le regard pénétrant et les brillants talents militaires l'étonnaient au plus haut degré. Il racontait qu'un officier français lui avait dit entre autres que quand les maréchaux de Napoléon, à bout d'expédients, ne pouvaient arriver à prendre une détermination y ils se disaient mutuellement : « Attendons jusqu'à ce que l'empereur arrive. » Lorsque, selon sa coutume, il apparaissait subitement au milieu d'eux et qu'il apprenait de quoi il s'agissait, il réfléchissait un instant et disait : « Voilà comme on fait; » et alors la solution paraissait à tous si simple et si claire, qu'ils s'étonnaient de ne l'avoir point trouvée. Selon ce même officier, Napoléon aurait dit du peuple français « qu'il ressemblait à un coursier généreux, qui n'a besoin que d'un bon cavalier. » Schmid parlait aussi de l'entretien que Sailer avait eu, au camp de Landshut, avec Napoléon. Il est à regretter qu'on n'ait point relaté les communications que ces deux amis ont faites sur ce qu'ils avaient vu des guerres de la France. La lecture