‹ Souvenirs du Chanoine SchmidChapitre 40 sur 61 · C. SCHMID, CHANOINE d'aTJGSBOURG · texte numérisé non relu

C. SCHMID, CHANOINE d'aTJGSBOURG

acquit insensiblement, dans des ventes à prix réduits, une belle collection de tableaux à l'huile. Outre les quatre déjà mentionnés, dus au pinceau d'Huber, il en avait encore deux de cet artiste qui étaient surtout bien exécutés; c'étaient : Jésus, l'ami des enfants, et Jésus sur la croix. Il possédait, de plus, une Naissance de Jésus-Christ, par Bassano, et un délicieux petit tableau de la sainte Vierge, attribué à Sassoférato; deux grands paysages italiens, le Matin et le soir, qui, vus sous leur vrai jour, produisaient un singulier effet ; trois sujets en fleurs, de l'école des Pays-Bas, les portraits, fort bien touchés, de ses maîtres Sailer et Weber, et enfin plusieurs petits paysages. Le peintre Butziger, d'Augsbourg, celui qui sut faire les portraits de Schmid les plus ressemblants, lui copia quelques sujets des grands maîtres. Il possédait, en outre, d'anciennes gravures d'un grand prix et de belles lithographies du temps présent. Toutes les fois que des affaires scolaires l'appelaient à Munich, il passait la plus grande partie de son temps libre dans les galeries de tableaux. Dans ses deux histoires : la Nuit de Noël et Angélique, il révèle d'une manière aussi touchante qu'instructive son goût pour la peinture.

On peut dire néanmoins que Schmid aimait encore davantage les bons livres. Il y avait de son temps, à Augsbourg, un antiquaire aveugle, nommé Windprecht, qui avait sa boutique dans un coin de la

rueMaximilien. Chez cet aveugle, le sens du toucher avait remplacé celui de la vue. Il le possédait à un tel degré, qu'il lui suffisait de palper un livre pour savoir aussitôt ce que c'était. Schmid ne passait presque jamais devant sa boutique sans le saluer et sans acheter l'un ou l'autre ouvrage. Schmid lui ayant demandé un jour le dictionnaire anglais d'Arnold, l'aveugle répondit qu'il se trouvait au fond de son magasin, et qu'il allait le chercher. Schmid s'offrit à l'accompagner, afin de lui aider à le découvrir, « Laissez-moi, je vous prie, aller seul, monsieur le chanoine, répondit l'aveugle en souriant, vous ne le trouveriez pas, car il règne là bas une obscurité profonde; il n'y a que moi qui se puisse tirer d'affaire. » Au bout de quelques instants l'aveugle revint avec le dictionnaire.

Une autre fois, Schmid retourna chez l'aveugle, accompagné du curé Albrecht. L'aveugle, reconnaissant aussitôt C. Schmid à la voix, lui tendit la main suivant sa coutume. Au lieu de Schmid, ce fut le curé Albrecht qui lui donna la sienne. « Ce n'est point là votre main, monsieur le chanoine, dit l'aveugle dès qu'il sentit celle du curé; je la connais bien, elle est douce et petite ; pour celle-ci, jamais elle n'a été dans la mienne. » Schmid lui expliqua l'énigme, et les deux prêtres admirèrent la finesse du tact de l'aveugle. C. Schmid se fit peu à peu une riche collection de livres précieux ; il fit mettre

Page 1