AMIS EXTÉRIEURS DE SCHMID
» Je profiterai de l'occasion pour vous rendre attentif à un livre que vous lirez certainement avec un vif intérêt : je veux parler du dernier roman de Manzoni, poète de Milan, que Goethe appelle le noble poète, mais qui, comme Brentano l'observait dernièrement avec beaucoup de justesse, doit néanmoins être placé, quoique immédiatement, après Gœthe, poète plus noble encore. Ce livre est intitulé : J. Promessi sposi, et a été traduit par Bulow, sous ce titre : les Fiancés (1). Cette traduction n'est ni mauvaise ni tout-à-fait bonne. L'auteur se distingue par la peinture des caractères, par la profondeur de ses observations, par une grande connaissance de l'homme, et surtout par l'élévation de ses sentiments religieux. Son récit a pour but de montrer la religion triomphant de tous les obstacles que la méchanceté, la puissance, la tyrannie et jusqu'à une peste affreuse opposent au bonheur de deux fiancés, gens vertueux de la campagne. Le caractère de l'époux, celui d'un capucin, de Borromée, archevêque de Milan et neveu du saint ; celui d'un impie noble, mais qui s'est converti, sont aussi touchants que grandioses. L'archevêque y apparaît aussi plein de sagesse et de charité pastorale que Sailer, notre digne père. — Il faut absolument que vous parcouriez ce livre; je le lis le soir à mon-
(1) Hartmann, Leipsick, 1828, 3 vol.
seigneur, qui y goûte un plaisir infini, et assure que cette lecture laisse la même impression qu'un bon livre de piété. Il y a là plus que Gœthe et que Scott; on y trouve autant d'art, avec infiniment plus de vérité intérieure et de profondeur de sentiment ; car la vraie foi manque totalement à ces deux derniers.
» Brentano, qui me l'a fait connaître, m'a engagé à le transformer en livre de lectures pour notre peuple d'Allemagne, en l'abrégeant, en retranchant la partie historique, empruntée à la Chronique de Milan, et en réunissant dans un cadre restreint les peintures de caractères. Pensée excellente, assurément : ce livre, condensé en un volume, serait lu avec profit par le peuple; malheureusement, l'exécution n'en est point facile. Veuillez, quand vous l'aurez lu, me dire votre opinion à cet égard. Seriez-vous peut-être disposé à vous charger de ce travail, ce qui, pour vous, ne serait pas difficile? Ce serait le plus sûr moyen d'atteindre le but. Je vous procurerais l'original, en le demandant à Schlosser, de Francfort, qui me Fa offert. Vous vous convaincrez en le lisant qu'il en vaut la peine. Toutes les personnes d'ici qui le connaissent en sont enchantées. »
Les occupations de C. Schmid ne lui permirent point d'entreprendre ce travail.
Me promenant un jour àÀugsbourg avec l'éditeur de cet ouvrage, il m'en parla et m'encouragea à me charger de cette affaire. Il me donna l'ouvrage de