‹ Souvenirs du Chanoine SchmidChapitre 45 sur 61 · CHRISTOPHE SCHMID COMME ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

CHRISTOPHE SCHMID COMME ÉCRIVAIN

A ceux qui lui demandaient comment il s'y était pris pour assurer à ses ouvrages une si grande vogue auprès de la jeunesse, Schmid répondait en souriant : « Je suis allé moi-même à l'école auprès des enfants, et j'ai écouté leurs leçons. Quand je commençai à faire l'école, on manquait de livres qui fussent à la portée des enfants. Alors la pensée me vint de composer pour eux de petites histoires, afin de rendre ainsi les vérités de la religion plus accessibles à leur intelligence. J'avais l'habitude de leur lire ou de leur raconter ces sortes d'histoires, puis de les leur faire écrire de mémoire. Je voyais par leurs copies, que je parcourais avec soin, ce que la plupart des enfants avaient reproduit on négligé. Quand, par exemple, le récit était encombré de longs discours, la plupart des enfants les passaient sous silence, en se contentant de cette remarque : <c Ici on a beaucoup parlé. » J'acquis ainsi la conviction que les enfants n'aiment ni les longs discours, ni les monologues. Je les supprimais, et refaisais mon histoire, en ayant soin d'y mettre plus d'action et d'abréger les discours, conformément aux expé-

riences que je venais de faire. Je trouvai aussi que les enfants s'enquéraient d'une foule de circonstances et de causes dont j'avais d'abord cru inutile de parler. Ces causes, claires et évidentes pour moi, ne l'étaient pas pour eux. Ils remarquaient une foule de lacunes que moi, plus exercé à penser, je n'apercevais point. Par leurs questions enfantines ils me rendaient attentifs à une multitude de détails qui m'étaient échappés dans mon récit. Voilà comment, tout en instruisant les enfants, ils m'instruisaient à leur tour. Je ne songeais alors ni à l'impression, ni aux commentaires des critiques. J'écrivais sans prétention, mon seul souci étant de parler le langage des enfants. »

Quant aux sujets de ses histoires, Schmid n'allait pas les chercher bien loin; il les empruntait, comme il le dit lui-même dans la préface qu'il a mise en tête de ses œuvres complètes, ce soit aux récits qu'enfant il avait entendus de la bouche de feu son père, et que d'ailleurs il n'avait lus nulle part; soit aux événements dont lui-même avait été témoin, ou qui s'étaient passés de son temps : cette dernière circonstance explique pourquoi il y en a tant qui sont extraits des annales de la guerre» »

Il plaçait ses lecteurs dans le monde qu'eux-mêmes avaient vu en petit. Pour les histoires qu'il avait lues dans des ouvrages, il les façonnait de manière à les rendre intéressantes et instructives pour ses

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