‹ Souvenirs du Chanoine SchmidChapitre 46 sur 61 · C. SCHMID COMME ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

C. SCHMID COMME ÉCRIVAIN

élèves. Ainsi la légende de ce corbeau qui, ayant emporté un bijou dans son nid, fut cause que de graves soupçons planèrent sur un innocent, lui suggéra l'idée de sa Corbeille de fleurs. Le sujet de Rose de Tannenbourg lui fut fourni par la touchante histoire d'une fille qui avait nourri secrètement de son lait son père condamné à mourir de faim.

Il emprunta aussi des sujets à l'antiquité chrétienne. Un rosier en fleurs, un hanneton, un rougegorge, un jeune mouton ont pu aisément servir de thème à sa féconde imagination .

Petit de sa personne et aimant les petits objets, C. Schmid avait un charmant petit bureau à écrire, et il rédigeait ses histoires sur de petites feuilles. Il commençait ordinairement par dresser son plan, puis il l'exécutait. Il écrivait toute une histoire, surtout quand il était à un âge moins avancé, sans y faire aucun changement. Quand il avait fini, il la remaniait avec soin, corrigeait, intercalait, effaçait et ajoutait. Ses manuscrits, surchargés de ratures, sont extrêmement difficiles à lire. Il n'avait point hâte de se faire imprimer; ses manuscrits reposaient souvent des années entières avant de paraître à la lumière, « Une histoire, disait-il, est une œuvre d'art. L'unité doit y régner de même que dans un tableau bien fait, où il n'y a ni trop ni trop peu de coups de pinceau. Elle doit faire sur le lecteur l'impression douce et bienfaisante qu'un beau ta-

bleau produit sur celui qui le regarde. Rien n'y doit troubler ni égarer le lecteur. Il faut, de plus, y faire parler aux hommes le même langage que celui qu'ils emploient dans le cours de la vie.

Dans son histoire intitulée : l 'Orage , l'auteur met dans la bouche d'une paysanne les paroles suivantes : a Ce n'est pas vous que je demandais, mais mon petit François. Il garde les oies là-bas, auprès du ruisseau ; sans doute, il se sera mis par ici à l'abri de l'orage. » L'auteur, prétendait un critique, aurait dû joindre ces deux phrases en une seule, et dire, par exemple : « Ce n'est pas vous que je demandais, mais mon petit François, qui, etc. Mais il n'y a point de paysanne qui parle ainsi, observait Schmid ; pour les enfants, les points ne sauraient être trop fréquents. » Ses expressions étaient très-pittoresques, surtout les adjectifs qu'il employait, « Un qualificatif bien choisi, disait-il, rend inutiles les longues descriptions. Quand il est dit, dans la Veillée de Noël : «Au même instant, Louise apporta sur un brillant chandelier de cuivre une bougie enflammée, l'adjectif brillant fait qu'on aperçoit d'un seul coup d'œil tout le ménage de la femme du garde-forestier, et il n'est plus besoin d'ajouter que l'ordre et la propreté régnaient partout dans la maison. Plusieurs, parmi les traducteurs de mes ouvrages, ont laissé de côté de tels adjectifs choisis à dessein. Il y a un charme infini à écrire des histoires,

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