C. SCHMID COMME ÉCRIVAIN
l'air de ses cris plaintifs; le chien témoigne sa joie en agitant sa queue.
» Dans ce monde d'images et de tableaux , on n'aperçoit pas un seul détail qui figure comme simple ornement. Tout revêt une signification; et malgré cette variété de circonstances, jamais le récit biblique ne tombe dans le mauvais goût et la trivialité. Jamais on n'y trouve de longues descriptions du soleil levant, de paysages, etc. Toutes les circonstances, même les plus détaillées, ne servent qu'à donner à l'ensemble plus de grâce , d'attrait et de vie. Partout la narration y tient un sage milieu entre une aride concision et une excessive prolixité.
» Mais qu'est-ce que tout cela, comparé avec les personnes qui sont en scène. Ces personnes, ce ne sont point des ombres de figures sans parole, sans intelligence, sans mouvement et sans vie; ce sont des hommes qui parlent et agissent comme nous. Là, on n'entend plus l'historien; il disparaît tout entier pour ne plus laisser place qu'aux acteurs. Tous les personnages y sont pris dans la vie réelle ; ce sont des laboureurs, des pêcheurs, des bergers, des marchands; ici, un enfant qui garde les troupeaux; là, une jeune fille qui ramasse des épis. Quand on y voit apparaître des monarques, ce ne sont point des rois de théâtre ; ils parlent et se comportent comme le reste des mortels. On sait qu'ils sont, comme nous, formés de chair et de sang.
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» Les hommes y sont représentés au milieu de leurs occupations domestiques et champêtres. Abraham fend du bois et attelé son âne; Jacob fait la cuisine; Esaû revient tout fatigué de la chasse à la maison ; Rachel mène boire les troupeaux ; David porte dans le camp du pain et du fromage à ses frères.
» Les personnages y ont constamment la parole, et ils parlent, non le langage des livres, la langue des savants et des professeurs d'esthétique , mais le langage du cœur et de la nature. «Hé! mes frères, s'écrie Jacob en s'adressant aux bergers debout près de la fontaine, d'où êtes-vous? Connaissez-vous aussi Laban? — Nous le connaissons. — Se portet-il bien? — Il se porte très-bien; voilà justement sa fille qui arrive avec les troupeaux, etc. »
» C'est absolument le même langage que celui que parlent tous les jours nos gens de la campagne.
» Ils éprouvent aussi les mêmes sentiments que nous, et ils les expriment par les sons les plus vrais et les plus naturels, et sans longues déclamations. Deux ou trois mots suffisent à rendre leur pensée, Siméon s'écrie : « L'enfant n'est plus ici, où dois-je aller? — Consumé de douleur, répond Jacob, je descendrai avec mon fils dans la tombe. » — •* Joseph s'écrie : « Je suis Joseph ! Mon père vit-il encore? »
» Les actions y sont souvent plus expressives encore que les paroles. Agar dépose Ismaël sous un arbre