C. SCHMID COMME ÉCRIVAIN
et se tient à la distance d'un jet de pierre, parce qu'elle ne saurait se résigner à voir périr son enfant. Rebecca s'empresse de descendre sa cruche du haut de ses épaules pour donner à boire au serviteur d'Abraham. Joseph se détourne et pleure.
» Chaque personne a son caractère bien déterminé; et ce caractère est si inimitable, si naturel, si vrai, qu'on le dirait calqué sur l'original. Il suffit de quelques mots ou de quelques actions pour dévoiler l'homme tel qu'il est. Cela ne vaut-il pas mieux que mille généralités telles que celle-ci : Il était de telle et telle manière, esprit léger, vain, insouciant, etc.
» Cette peinture de caractère s'étend souvent jusqu'aux formes extérieures. Ainsi, Esaù était rude de mœurs et de sentiments, et son corps velu avait quelque chose de sauvage. Caïn, l'envieux, porte sur sa figure la couleur pâle et livide de la passion qui le dévore. Joseph, cette âme si candide et si belle, est aussi beau de figure. David, ce petit et innocent berger, est paré de la couleur de l'innocence.
» Il n'est pas jusqu'aux personnages les plus importants qui n'aient quelque chose d'original et de distinctif qui provoque l'attention. Joseph a sa robe bigarrée; Moïse, sa corbeille de joncs; David, sa harpe ; Samuel, son petit costume sacerdotal fait de lin ; Tobie, son petit chien.
» Ce qui prête à l'histoire un intérêt plus grand
encore, ce sont les faits merveilleux, les péripéties surprenantes, la marche dramatique des actions : Ismaël mourant de soif ; Isaac sur le bois où il est sur le point d'être consumé ; Joseph dans la citerne ; les Israélites dans la mer Rouge.
» Comme tout cela est attachant ! Comme on est attentif à considérer la marche des événements pour en voir le résultat!
» 2° Par rapport aa contenu. — La doctrine morale de la Bible communique à ce livre une immense valeur. C'est un tableau de mœurs, grand, magnifique et plein de vie .
» L'histoire biblique nous offre des caractères moraux de toutes les espèces. Point de vertu, point de vice qui n'y soient dépeints dans une foule d'individus tels qu'ils existent en réalité. On y voit tour à tour des orgueilleux et des humbles, des colériques et des doux, des cœurs avares et des cœurs généreux, des âmes loyales et des âmes perfides, des hommes envieux et des hommes désintéressés. Maint caractère est l'image frappante de telle vertu ou de tel vice. Ainsi Abraham est la foi vivante et personnifiée, Caïn, l'envie incarnée. L'idée suprasensible de la vertu et du vice se revêt de chair et de sang. Ces caractères-là représentent bien mieux l'image de la vertu et du vice que les créations enfantées par l'imagination des poètes. La vertu invisible montrée, par de tels exemples, dans sa beauté et sa grâce