C. SCHMID COMME ÉCRIVAIN
plus haute valeur, c'est qu'on n'y voit pas seulement quelques éclats passagers de vices ou de vertus ; les hommes de bien montrent clairement par leur conduite que toutes les vertus découlent d'une même source. Nous n'y voyons pas seulement le but où nous devons tendre, mais encore le chemin qui y mène. Les sentiments des hommes vertueux, comme les passions des méchants, y apparaissent avec toutes leurs racines et leurs plus subtils détours; voyez, par exemple, l'envie des frères de Joseph ; elle a son germe dans le bonheur de leur frère, dans la couleur bigarrée de sa robe. Elle se révèle en ce qu'ils ne peuvent plus lui parler amicalement, et rappellent un songeur. Elle a pour conséquences le dessein de le tuer, l'enlèvement de sa robe, la vente de ce frère, le mensonge dont ils se rendent coupables envers leur père, le trouble de cette famille, l'affliction du père, l'esclavage du fils, puis les agitations intérieures et les angoisses de la conscience, qui se manifestent après un grand nombre d'années : Nous avons péché envers notre frère, et enfin l'effroi qu'ils éprouvent en entendant ces mots : Je suis votre frère! Quelle profondeur psychologique et quelle vérité dans cette peinture des ravages qu'exerce une passion, quand elle a franchi toutes les barrières ! On se sent porté comme involontairement à détester cette passion. La description de ses débuts montre pomment il faut la fuir et se précautionner contre
elle. Changez ces propositions particulières en propositions générales , et vous aurez tout ce que le chapitre de la morale qui traite de l'envie offre de plus parfait.
» Il en faut dire autant de Caïn, de Saûl, d'Àchab ; la peinture qui en est faite en quelques mots présente toujours toute une vie humaine, et cela avec plus de naturel et de vérité peut-être que dans les caractères si vantés de Shakspeare et de Gœthe. »
C'est de ce don d'observation, joint à un talent naturel, que sont nés les ouvrages que C. Schmid a écrits pour la jeunesse. Nous ne les apprécierons pas ici ; les lecteurs les connaissent suffisamment depuis cette époque de leur existence qu'on appelle le plus beau temps de la vie. Ces délicieuses soirées d'hiver, pendant lesquelles leurs parents leur lisaient ces charmantes nouvelles, sont sans doute au nombre des beaux souvenirs de leur enfance. Qui sait si aujourd'hui encore ils ne reçoivent pas volontiers de la main de l'auteur des OEufs de Pâques un de ces petits livres? Il est probable qu'ils partagent l'avis d'un critique, qui, dans un article publié dans la Gazette littéraire et catholique, sur la Corbeille de fleurs et Rose de Tannenbourq, disait : « Ces deux ouvrages du tendre ami du peuple et de la jeunesse, C. Schmid, curé de Stadion, sont dédiés à la jeunesse. Pourtant l'auteur de ces lignes doit avouer que, bien qu'il n'appartienne plus à cet âge, il a lu