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C. Schmid termina ainsi son éloquent discours

« Qu'il me soit permis , en finissant , de remercier encore une fois publiquement le Dieu tout-puissant pour les bienfaits que j'en ai reçus pendant un demisiècle de sacerdoce, ou plutôt pendant soixantetreize années. Malheureusement, je ne puis que répéter ces paroles que le patriarche Abraham, retournant dans sa patrie, adressait au Seigneur, dont il avait reçu tant de faveurs : ce Je ne mérite point la miséricorde et la protection que vous m'avez accordées! »

» Je voudrais, en outre, remercier publiquement tous ceux dont Dieu s'est servi pour répandre ses bienfaits sur moi et sur les miens.

» Je me rappelle avec émotion l'époque où, agenouillé dans les bancs des enfants, je reçus les premiers éléments de la religion de Jésus, le jour où je m'approchai pour la première fois de la table du Seigneur, le temps où j'apprenais à lire et à écrire dans l'école de cette ville, et où, plus tard, je fus préparé par un excellent maître de langue latine à entrer dans des écoles plus élevées. Grâces soient rendues à ces maîtres laborieux, à ces chers parents, qui nous ont envoyés si assidûment à l'école et à l'église.

» Mon père étant mort de bonne heure, ma mère éplorée se trouva sans secours, sans fortune et entourée de neuf enfants en vie, devenus autant d'orphelins. Prier, travailler, tâcher de bien élever ses enfants, mettre sa confiance en Dieu, c'était toute

sa ressource. Le Seigneur, qui est le père des veuves et des orphelins, a eu pitié de son sort. Il a attendri le cœur de plusieurs personnes de cette ville, qui se sont intéressées charitablement en faveur de ses enfants. Le magistrat, les chefs de cette église l'ont assistée autant qu'il était en eux. Ailleurs aussi le bon Dieu nous a suscité de généreux bienfaiteurs et de nobles amis. Dieu veuille leur rendre à tous dans l'autre monde ce qu'ils ont fait pour nous dans celui-ci !

» Je cite cet exemple de la protection visible que la Providence a accordée à une veuve et à ses enfants en bas-âge, parce que chacun peut tomber dans une pareille situation. Dieu a veillé sur chacun de ces pauvres enfants avec une tendresse toute paternelle. Il a pris auprès de lui deux d'entre eux dans un âge encore tendre, et un autre est mort, attaché à cette église. Dieu a procuré à tous ceux qui survivent une position honorable et un entretien suffisant. Dieu n'abandonne point celui qui se confie en lui !

» Je prie aussi toutes les personnes ici présentes, le magistrat, les autorités communales, le clergé, l'administration ecclésiastique, la bourgeoisie, qui nous ont témoigné, à moi et à mes frères et sœurs, la même bienveillance que leurs ancêtres et leurs parents, de recevoir l'expression de ma plus sincère

reconnaissance

ii. 17'

» Il y a cinquante ans, alors que je venais d'être ordonné prêtre, je bénissais du haut de cette chaire rassemblée qui s'y trouvait réunie. Aujourd'hui, parvenu à la vieillesse, je donne de nouveau ma bénédiction sacerdotale à toute l'assistance, en la recommandant à Dieu, et à la puissance miséricordieuse de celui qui est assez puissant pour tout renouveler, et pour lui accorder une place parmi ceux qui se sont sanctifiés.

» Que le Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint- Esprit vous bénisse ! Ainsi soit-il ! »

Ce touchant discours ébranla tous les cœurs et arracha des larmes à tous les assistants. G. Schmid, qui était aussi visiblement ému, retourna à l'autel pour y offrir à Dieu le grand sacrifice de la réconciliation, de la reconnaissance et de l'adoration. Deux ecclésiastiques, fils de ses frères, dont les pères étaient présents, le servaient à l'autel, l'un en qualité de diacre, l'autre de sous-diacre.

C'était une rare et émouvante solennité; elle restera éternellement gravée dans la mémoire des habitants de Dinkelsbuhl.

Le soir de cette belle journée, la maison où Schmid avait reçu le jour, et celle où il avait été élevé, furent magnifiquement illuminées.

Le lendemain, accompagné de ses frères et de ses sœurs, Schmid se rendit au cimetière, qui se trouve devant la ville, pour y visiter les tombeaux de ses

parents et de son frère. Il trouva leurs tombes toutes parsemées de fleurs. Ce pieux vieillard pria longtemps en silence sur la terre où reposaient des objets si chers, qu'il avait honorés pendant sa vie autant qu'un bon fils peut honorer ses parents. Quiconque avait assisté à la brillante solennité du jour précédent, et qui, le lendemain, apercevait C. Schmid sur la tombe de ses parents, voyait de ses propres yeux se réaliser dans cet intéressant vieillard cette promesse du Seigneur : « Celui qui honore son père et sa mère prospérera et vivra longtemps sur la terre. »

En quittant sa chère ville natale, Schmid remercia d'une* voix émue les habitants de Dinkelsbuhl de la fête qu'ils lui avaient préparée. Sa voiture était toute couverte de couronnes de fleurs et de guirlandes. Il fut accompagné jusqu'aux limites du territoire de la ville par la députation qui était allée à sa rencontre.

Arrivé à Augsbourg, Schmid envoya cinq cents florins à l'institution qu'on venait d'établir à Dinkelsbuhl en faveur des petits enfants délaissés. Quant aux autres enfants, qui lui avaient fait une si gracieuse réception, il leur expédia neuf cent quarantecinq exemplaires de ses histoires. Quelle fête ce dut être pour eux quand on leur distribua ces charmants petits livres!

En souvenir de cette solennité, le magistrat de la

ville fit planter un chêne sur une place libre qui s'étend devant la ville : cet arbre fut appelé le Chêne de Christophe Schmid.

Parmi les lettres de félicitations qui arrivèrent à Schmid de toutes parts, à l'occasion de cette fête, nous en citerons deux. La première, écrite par le chapitre d'Augsbourg, est ainsi conçue :

ce Les cinquante années d'illustres et glorieux travaux que M. le chanoine de la cathédrale et chevalier de Schmid, aura, le 17 août de cette année, consacrées au service de l'Eglise, sont pour nous un trop joyeux événement pour que nous n'adressions pas nos félicitations les plus chaleureuses à notre cher et vénéré confrère, bien que nous sachions qu'il est intentionné de passer ce jour mémorable dans une tranquille et modeste solitude.

» Constamment appliqué à remplir avec toute la perfection possible sa mission sacerdotale, ce digne vieillard s'est toujours efforcé, depuis les premiers instants où il est entré dans sa carrière, de donner ses soins partout où la nécessité s'en faisait le plus sentir, et principalement à l'éducation chrétienne de la jeunesse. Les succès obtenus par l'illustre écrivain sont attestés par ses romans chrétiens, véritables chefs-d'œuvre lus avec admiration non-seulement en Bavière et dans le reste de l' Allemagne, mais encore dans les contrées les plus lointaines.

» Puisse la semence abondante que Fauteur y a

déposée produire encore, sous l'influence de ce tendre ami de l'enfance, parmi les générations les plus reculées, les résultats les plus salutaires. Puisse ce noble vieillard en voir encore longtemps les fruits sur cette terre;' et puisse-t-il nous être accordé de passer encore de nombreuses années dans l'amour fraternel et l'amitié cordiale de celui que nous sommes fiers de compter parmi les nôtres, que nous reconnaissons et vénérons comme l'ornement de notre compagnie et la gloire du clergé diocésain.

» Dr Allioli, prévôt de la cathédrale. »

L'autre lettre est de Mgr. Richard, évêque d'Augsbourg. Voici en quels termes il s'exprimait :

« Nous approchons du jour où il y aura un demisiècle que vous avez commencé votre belle carrière ecclésiastique. Les travaux que vous avez accomplis durant ces cinquante années, comme pasteur et comme écrivain de la jeunesse, les anges les ont inscrits au Livre de vie, et le divin Ami de l'enfance les récompensera au jour de la rétribution. Pour moi, dont le diocèse a ressenti plus immédiatement les effets de votre dévouement, je me fais un devoir et un plaisir, à l'approche de ce jour de fête, de remercier le Seigneur pour tant de bien qu'il a opéré par vous. Je le prie de vous accorder une douce et sereine vieillesse, de répandre sur le soir

de votre vie un reflet de cette lumière et de cette chaleur qui ont jailli de vos ouvrages, et de vous conserver longtemps encore une existence si chère à tous les gens de bien.

» A Seeg, où j'ai administré la confirmation le 3 de ce mois, j'ai appris qu'on se souvenait encore avec reconnaissance du temps où vous et M. Bayer étiez vicaires sous Féneberg.

» Portez- vous bien, très-cher et très-vénéré ami, et recevez, avec mes souhaits, l'assurance de la plus sincère estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être, » Votre dévoué serviteur et ami,

» Richarz, évêque d'Augsbourg.

» Augsbourg, le 12 août 1841. »

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