L'instruction religieuse
Notre sainte religion a pour fondement les révélations divines contenues dans l'Ecriture sainte. L'histoire sacrée doit donc être la base de l'enseignement religieux.
C'est là ce que me prouva ma propre expérience.
Quelle joie j'éprouvais quand mon père nous racontait les touchantes histoires de la Bible! J'étais comme transporté en paradis. J'écoutais avec une émotion que j'éprouve encore maintenant, quand il nous racontait comment le Tout-Puissant créa le premier homme, le conduisit dans un jardin de délices, lui en montra les arbres couverts de fruits magnifiques et rafraîchis par de clairs ruisseaux ; quand il nous disait que le Seigneur amena auprès d'Adam les oiseaux du ciel et les animaux des champs, pour qu'il apprît à les connaître et leur donnât des noms ; quand il nous parlait de la création d'Eve, qui devait servir de soutien à Adam; de la vie innocente et joyeuse qu'ils menaient en paradis; de l'affabilité avec laquelle Dieu s'entretenait avec eux, et de l'affection paternelle qu'il leur témoignait.
Ces récits de mon père m'affectaient profondément. Je me sentais embrasé de l'amour de Dieu le plus sincère en voyant sa tendresse et sa bonté envers les hommes. Ces histoires, dont je me souviens encore, me firent plus avancer dans la conu. S
naissance et l'amour de Dieu, que toutes les instructions que je reçus plus tard de mes maîtres.
La suite de ce récit, où il est dit que Dieu permit à Adam de manger de tous les fruits du paradis, avec cette défense unique : « Vous ne mangerez point du fruit de cet arbre, autrement vous mourrez; » la curiosité d'Eve, qui, séduite par le serpent, s'approcha de l'arbre, entra en conversation avec le démon, qui lui demanda : « Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu de manger du fruit de cet arbre? » Cette réponse d'Eve : « Nous pouvons manger de tous les fruits de ce jardin; seulement Dieu nous a défendu de toucher à ceux-ci, en disant : N'en mangez point, n'y touchez point, sinon vous mourrez. » Cette réponse de Satan déguisé en serpent : « Eh non ! vous ne mourrez point ; Dieu sait très-bien que sitôt que vous en aurez mangé, vos yeux s'ouvriront, que vous saurez tout, le bien comme le mal, et que vous serez semblables à Dieu; » la crédulité d'Eve, qui eut plus de confiance en Satan qu'en Dieu lui-même ; la vue de son bras étendu pour saisir le fruit, le manger et en présenter à Adam, qui en mangea à son tour; quand, dis-je, j'entendais ce récit, je tremblais et je frissonnais de tous mes membres.
Ces paroles que Dieu dit à Adam, après la violation de sa défense : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front; la terre sera maudite. Tu ne te nourriras qu'avec beaucoup de peine, jusqu'à ce que
tu retournes dans la terre d'où tu es sorti; » et celles-ci adressées à la femme : ce Tu seras soumise à l'homme, et il sera ton maître; tu enfanteras dans la douleur ; » ces paroles racontées par mon père me transportaient. Je me souviens encore des avertissements qu'il me donnait, en m'exhortant à éviter le péché comme on fuit un serpent venimeux. Ce châtiment du premier péché m'allait d'autant plus à l'âme, que nous le voyons aujourd'hui encore fondre sur tous les pécheurs.
Les histoires subséquentes me montraient également la manière dont Dieu punit les hommes qui lui désobéissent, et comment, au contraire, il met sa complaisance dans ceux qui lui sont soumis : depuis Abraham, qui fut fidèle à cette parole du Seigneur : ce Marchez devant moi, et soyez parfait, » jusqu'à Jésus-Christ, qui mourut par amour pour nous, et fut obéissant à son Père céleste jusqu'à la mort de la croix.
Toutes ces histoires que mon père m'avait racontées, je m'efforçai de les répéter aux enfants, sur lesquels elles firent la même impression que sur moi.
Et ce que je faisais en petit comme précepteur privé avec les enfants qui m'étaient confiés, je le reproduisais en grand comme maître de religion. Pendant mon premier vicariat, j'avais peine à obtenir dans l'explication du catéchisme de l'école l'attention que je désirais; mais quand j'eus commencé
renseignement de la religion par l'histoire sainte, il en fut tout autrement. Les enfants écoutèrent avec une attention soutenue, et quand je cessais de raconter, ils me priaient tous à haute voix et unanimement de continuer. Quand je racontai l'histoire de Joseph, tous fondirent en larmes. La passion de Jésus-Christ exposée en détail leur allait tellement au cœur, que la compassion et la tendresse qu'ils éprouvaient pour Celui qui avait tant souffert par amour pour nous, et qui était mort pour notre salut? les faisaient pleurer amèrement. Après la classe , les enfants couraient en toute hâte à la maison, et racontaient ces belles histoires à leurs parents, qui, ignorant une foule de détails historiques de l' Ancien-Testament, les écoutaient avec plaisir.
Je crois nécessaire d'ajouter ici quelques observations.
S'il est incontestable qu'on ne saurait raconter toute l'histoire biblique aux enfants, il Test également que les faits principaux, bien qu'il faille omettre cà et là quelques expressions et quelques circonstances, peuvent être présentés à la jeunesse sous une forme accessible à leur intelligence et touchante pour leur cœur. Un docteur de l'Eglise, comparant l'Ecriture sainte à l'Océan, a dit qu'un agneau pouvait sans danger en aborder les rives, mais que plus loin elle était si profonde qu'un éléphant ne pourrait en toucher le fond.
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Un simple résumé de l'histoire sainte n'atteindrait point ce but. Un abrégé est lu avec plaisir par ceux qui connaissent déjà l'histoire; les événements connus se représentant alors à leur esprit, leur fournissent suffisamment d'idées et de pensées; mais l'intelligence des enfants et de tous ceux qui ne sont pas très-familiarisés avec l'Ecriture sainte, reste vide, et leur cœur froid et insensible.
Si le narrateur dépouille Joseph de ses vêtements, s'il ne parle point de ses songes, s'il enlève à David sa harpe, l'histoire biblique perdra toute sa grâce.
En général, les savants historiens de notre époque, même les historiens profanes, emploient un genre d'exposition qui diffère totalement de celui de l'Ecriture. Ils trouveraient indigne et inconciliable avec le ton élevé de l'histoire , tel qu'ils se le représentent, de rapporter un entretien semblable, par exemple, à celui-ci, raconté au premier livre de Moïse, chapitre xxix. « Jacob vint auprès d'une fontaine où se trouvaient trois troupeaux de brebis, et il dit aux bergers : « D'où êtes-vous, frères bienaimés? » Ils répondirent : « De Haran. — Connaissezvous Laban, fils deNachor, reprit Jacob? — Nous le connaissons parfaitement. — Comment se porte-t-il? — Très-bien. » Ils trouveraient maladroit d'accueillir dans l'histoire de pareilles conversations. Pour nous, gens ignorants, ces détails nous plaisent ; nous aimons à entendre parler des hommes qui
s'entretiennent comme nous et conversent avec une aimable familiarité.
Le petit chien de Tobie n'est pas non plus du goût d'une foule de ces messieurs. Dans un examen public, au moment où les élèves lisaient dans l'histoire sainte que je publiai plus tard, un inspecteur scolaire déclara publiquement, en présence de tous les auditeurs, que ce petit chien était une invention de Fauteur. A ces mots, le maître de religion apporta l'Ecriture sainte, et lut dans le livre de Tobie le passage où il est question du chien qu'on voulait chasser. Mais assez sur ce sujet. Si j'ai eu quelques succès dans les ouvrages que j'ai écrits pour les enfants, c'est à la lecture assidue de la sainte Ecriture que j'en suis redevable.
J'aborde maintenant la question principale. Gomment peut-on utiliser l'histoire sainte dans l'explication du catéchisme? Et quel est celui d'entre tous les catéchismes qui répond le mieux à ce but?
Je me décidai pour le petit catéchisme du Père Canisius. Cet auteur fut, à cause de sa science et de sa piété, hautement vénéré par les papes Jules III, Pie IV, Pie V, Grégoire XIII, et par les empereurs Ferdinand I et Maximilien H. Saint Charles Borromée lui écrivit pour le féliciter de ses nombreux et salutaires travaux. On ne saurait assez admirer l'activité prodigieuse qu'il déploya. Il fut appelé tour à tour à Ingolstadt comme professeur de théologie, à Vienne
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comme prédicateur à la cour, à Augsbourg comme prédicateur de la cathédrale à l'époque de la fermentation religieuse, puis de là au concile de Trente. On est étonné du profond respect dont il était partout entouré. Plusieurs évêchés et même la dignité de cardinal lui furent offerts; mais son humilité ne lui permit pas de rien accepter. Quant à son petit catéchisme, il fut, du vivant même de Fauteur, introduit dans toutes les écoles du peuple, et réédité près de quatre cents fois.
La brièveté est un des avantages de ce livre. Canisius disait lui-même, dans la préface d'une nouvelle édition publiée à Fribourg en Brisgau, en 1599, deux ans avant sa mort : ce Plaise à Dieu qu'il en vienne encore un après moi qui soit en état de présenter les vérités fondamentales de notre religion avec encore plus de clarté, de netteté et de précision. Mais que quelques-uns veuillent augmenter sans cesse mon catéchisme et y ajouter toujours de nouvelles questions, c'est ce que je désapprouve pour plusieurs raisons.» Il voulait que le catéchisme des enfants ne contînt que les premières notions et les vérités essentielles de la religion chrétienne, et non pas que ce fût un compendium complet.
Une autre qualité de cet ouvrage, c'est la division du catéchisme en cinq chapitres seulement, et l'enchaînement des matières. On y voit successivement : les douze articles du symbole, les sept demandes du
Pater, les sept sacrements, les dix commandements de Dieu, etc.; de telle sorte que les enfants peuvent tout compter sur leurs doigts, et le retenir facilement dans la mémoire. Quant au style des propositions en particulier, il est tout entier conçu dans le style lapidaire. Je me souviens encore parfaitement que, dans mon enfance, il me fallut peu de temps pour apprendre ce catéchisme, que je n'ai jamais oublié depuis. Nous avions, en outre, un grand catéchisme dont nous apprenions des chapitres entiers que nous récitions publiquement à l'église; l'un faisait la question et l'autre répondait. Mais, je dois l'avouer, bien que j'eusse une excellente mémoire et que je pusse réciter mes leçons avec la plus grande facilité, il me serait maintenant impossible de dire simplement quels sont les chapitres que j'ai appris.
Le catéchisme en général comprend, dans les trois premiers chapitres, la religion intérieure : la Foi, l'Espérance et la Charité. C'est ce qu'atteste l'apôtre saint Paul, et saint Augustin dans son Enchiridion.
Mais comme nous ne saurions, sans une grâce particulière de Dieu, ni avoir une foi vivante, ni espérer avec confiance, ni aimer le Seigneur pardessus toutes choses, ni observer les commandements de Dieu, Jésus-Christ a établi les sacrements, signes sensibles de la grâce invisible. C'est par eux qu'à notre entrée dans la vie, et pendant tout le cours de
notre existence, y compris le combat de la mort, nous recevons d'en haut les forces nécessaires. Le quatrième chapitre, qui traite des sacrements, est donc parfaitement à sa place.
Mais, dit-on, pourquoi encore un cinquième chapitre, traitant de la justice chrétienne? Celui qui, possédant la foi, l'espérance et la charité, reçoit dans les sacrements les moyens de les pratiquer, celui-là n' est-il pas déjà juste? — On n'en saurait douter. Ce cinquième chapitre a pour objet de montrer comment l'homme peut coopérer à la grâce divine, comment il doit commencer l'œuvre de sa justification, quels moyens il doit prendre pour éviter le mal et faire le bien.
Pour éviter le mal, l'homme doit résister aux premières excitations des sept péchés capitaux; il doit être fidèle aux inspirations du Saint-Esprit, et ne commettre aucun péché contre lui ; il doit réfléchir quels progrès peut faire dans le mal un homme qui a oublié Dieu, et dans quels crimes affreux il peut tomber, crimes qui, étant déjà punis ici-bas par la justice, tels que le meurtre, l'oppression des veuves et des orphelins, etc., sont pour cette raison appelés péchés qui crient vengeance au ciel. Il doit aussi faire en sorte de ne point participer aux péchés d'autrui.
Pour pratiquer le bien, un chrétien doit se vouer aux trois plus beaux exercices qui favorisent l'accoinii. 5*
plissement de nos principaux devoirs envers Dieu et envers le prochain : la prière, le jeûne et l'aumône. Il doit rechercher toutes les occasions de témoigner sa charité à ses semblables par des œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle; il doit se familiariser avec les paroles de Jésus-Christ, surtout avec les huit béatitudes; il doit méditer souvent sur les quatre fins dernières de l'homme, la mort, le jugement, l'enfer et le ciel, afin de ne jamais pécher.
Si la Foi, l'Espérance et la Charité présentent la religion sous son côté intérieur, la réception des sacrements et l'exercice de la justice chrétienne nous en révèlent la forme extérieure.
Les sacrements sont la liturgie, prise dans son acception la plus élevée, et la pratique de la religion chrétienne est l'ascétisme du christianisme.
Les pages suivantes des Souvenirs du chanoine Schmid ont été publiées par son neveu , Albert Werfer, d'après les manuscrits de l'illustre auteur, surpris au milieu de son travail, par le choléra, le 5 septembre 1854.
Toutefois, je me hâte de le dire, la suite de ce récit ne perd rien de son charme pour avoir été continuée par une main étrangère. M. Werfer s'est du reste contenté, dans une foule de cas, d'ordonner les matériaux que le chanoine n'aurait pas manqué d'admettre dans sa narration.