‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 100 sur 205 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

les drapeaux et de faire fusiller les chefs de bataillons saxons qui, à Namur, avaient manifesté en faveur de Napoléon. Traduit devant une commission militaire el condamné à la captivité dans la forteresse de Magdebourg, il fut gracié peu après et nommé au commandement de la brigade de Magdebourg, et, en même temps, à celui de la province de Kcenigsberg. Jeune encore, énergique, instruit, et débarrassé par la mort de l'animosité du vieux Blïicher, le général de Borstell peut être appelé au plus grand avenir.

J'ai déjà dit ce qu'avait écrit le maréchal de Kalckreuth, en 1807, à un de ses neveux qui refusait de venir s'enfermer avec lui à Dantzig. Ce neveu n'est autre que le comte de Kalckreuth, que l'on a fait général major à la mort de l'illustre maréchal, simplement en considération de la mémoire de l'oncle, et peut-être aussi des services de son propre père, mort récemment (1). Le général de Kalckreuth a continu* prouesses de 1807! Nommé brigadier dans les provinces rhénanes, il a refusé de s'y rendre, désirant rester à Berlin, où, criblé de dettes, il s'est fait, par son esprit cancanier, une réputation de bouffon en titre des grandes tables. Cela suffi t à ce général de comédie; mais, ce qui l'arrange moins, c'est d'être à la demi-solde.

Le général comte de Schwerin, petit, vieux, cassé, était colonel à l'époque de la guerre de 1806. Il montra peu de fermeté devant le feu de l'ennemi et l'on assure qu'à je ne sais quelle affaire il se cacha dans un fossé. Le titre de comte qu'il porte fut sollicité par son père, qui se brouilla pour ce motif avec son parent, le brave maréchal de Schwerin, le héros de Molwitz (2), tué pendant la guerre de Sept ans devant Prague, au combat de Brositz (6 mai 1757). Le fils aîné du général de Schwerin esi dans la magistrature : c'est le seul gentilhomme prussien en étal de prendre part à la guerre de l'indépen-

(1) Le général de Kalckreuth, le père, eul une certaine réputation. A léna, il commandait le régimenl de Hohenlohe.

(2) Le i(> -ivril 1741, le maréchal de Schwerin, déployant à propo bataillon-; d'infanterie bal ibulantes donl la vitesse à la charge triplai! le feu . change une défaite de Frédéric II en victoire.

dance de 1813 et 1814, qui n'ait pas fait ces campagnes. Actuellement encore (janvier 1826), le commandant de la ville de Berlin et le chef de la gendarmerie du royaume de Prusse, est le lieutenant-général de Brauchitsch, militaire fort rude dans ses expressions et d'une grossièreté légendaire avec - -"ldats, et même avec les officiers. Pendant la dernière guerre, il reçut une balle qui, en lui traversant les deux joues, lui enleva une partie de la langue, ce qui fit dire avec quelque raison qu'il était puni par où il avait péché si souvent. Depuis cette blessure, le général de Brauchitsch parle comme s'il avait la bouche remplie de bouillie et sa prononciation est devenue fort indistincte.

Le général de Clausewitz a été l'intime ami du célèbre général Scharnhorst, directeur de l'Ecole des Cadets et créateur de la landwehr. C'est lui qui fut chargé de l'instruction militaire du prince royal de Prusse et du prince Frédéric des Pays-Bas. A l'époque où Napoléon déclara la guerre à la Russie. Clausewitz, blâmant l'alliance de la Prusse avec la France, quitta l'uniforme prussien et passa au service de la Russie, portant» dès lors, les armes contre sa patrie. Employé en qualité de quartier-maître général dans le corps d'armée de Wittgenstein. ce fut lui qui se chargea de traiter secrètement avec le général prussien Yorck, dont il décida la défection (1). Il fit la campagne de 1813, comme officier russe attaché au quartier général de Blûcher. Sur l'invitation du général de Gneisenau, qui partageait alors ses sentiments de haine contre la France, et dont il devint l'ami, Clausewitz a écrit une histoire <l»j la campagne de 1813, publiée à Leipzig en 1814 (2), qui pH-se pour être l'œuvre du général de Gneisenau lui-même.

Quand fut formée la légion prusso-russe, Clausewitz en devint le chef-d'état-major et fut nommé général-major. En 1815, il rentra avec ce grade au service de sa patrie. Il était chef d'état-major de Thielmann, lorsque celui-ci se battit à Wawres contre Grouchy. Après la campagne, et, bien

(1) 30 décembre 1812.

(2) Uebersicht des Feldzugs vom lahre 1813.

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qu'au fond de son âme, le roi de Prusse blâmât la conduite politique de Clausewitz, cet officier général a été appelé à la direction supérieure de l'Ecole militaire à Berlin, emploi qu'il occupe encore aujourd'hui.

Pendant quelque temps encore, il porta si loin sa mauvaise humeur contre la France, qu'à l'exemple de son ami Gneisenau, il ne voulut point parler notre langue. Sa femme, personne d'un esprit assez distingué, mais fort commune de manières, était plus exagérée encore que lui dans cette antipathie. Cependant, quand il vit le général de Gneisenau abandonner petit à petit sa raideur vis-à-vis de nous et se rapprocher du marquis de Bonnay, Clausewitz fit de même. Il est resté l'ami et le confident du général de Gneisenau qui employa tous ses efforts, en 1820 et 1821, pour le faire nommer ministre de Prusse à Londres. Le roi n'aime pas Clausewitz. et la tentative resta vaine. Mais, depuis cette époque, ces deux officiers généraux sont restés dans une grande intimité avec le comte de Bernstorff, ministre des affaires étrangères.

Le prince Guillaume-Frédéric de Hesse-Hombourg (1). frère de la belle princesse Guillaume de Prusse, n'a pas de réputation militaire comme général. Il est gouverneur du Luxembourg, où la Prusse, de concert avec les Pays-Bas, entretient une garnison. Il était continuellement à Berlin et fréquentait beaucoup la légation de France. Pour se consoler sans doute de n'avoir jamais gagné de batailles, le prince de Hesse affectait, en parlant notre langue, les expressions des vieux troupiers : « Tudieu, monsieur le marquis... Sacrebleu. mon cher Cussy, etc... »

Un autre général-prince, sans plus de valeur militaire que le précédent, est le prince Guillaume-Malte de Puttbus. seigneur de Rugen. Né en 1785, et marié avec une fort jolie femme, le prince de Puttbus a suivi le sort de ses propriétés qui sont considérables et, avec le passage de la Poméranie, ri-devant suédoise, sous le s< eptre de Frédéric-Guillaume III

(1) Do 1829 a li prince fut souverain 'lo la principauté de H —

Hombourg, sous le nom de Frédéric VI.

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dance de 1813 et 1814, qui n'ait pas fait ces campagnes.

Actuellement encore (janvier 1826), le commandant de la ville de Berlin et le chef de la gendarmerie du royaume de Prusse, esl le lieutenant-général de Brauchitsch, militaire fort rude dans ses expressions et d'une grossièreté légendaire avec soldats, et même avec les officiers. Pendant la dernière guerre, il reçut une balle qui. en lui traversant les deux joues, lui enleva une partie de la langue, ce qui fit dire avec quelque raison qu'il était puni par où il avait péché si souvent. Depuis cette blessure, le général de Brauchitsch parle comme s'il avail la bouche remplie de bouillie et sa prononciation est devenue forl indistincte.

Le général de Glausewitz a été l'intime ami du célèbre gé- (îéral Scharnhorst, directeur de l'Ecole des Cadets et créateur de la landwehr. C'est lui qui fut chargé de l'instruction militaire du prince royal de Prusse et du prince Frédéric des Pays-Bas. A l'époque où Napoléon déclara la guerre à la Russie, Clausewitz, blâmant l'alliance de la Prusse avec la France, quitta l'uniforme prussien et passa au service de la Russie, portant» dès lors, les armes contre sa patrie. Employé en qualité de quartier-maître général dans le corps d'armée de Wittgenstein, ce fut lui qui se chargea de traiter secrètement avec le général prussien Yorck, dont il décida la défection (1). Il fit la campagne de 1813, comme officier russe attaché au quartier général de Blùcher. Sur l'invitation du général de Gneisenau, qui partageait alors ses sentiments de haine contre la France, et dont il devint l'ami, Clausewitz a écrit une histoire de la campagne de 1813, publiée à Leipzig en 1814 (2), qui passe pour être l'œuvre du général de Gneisenau lui-même.

Quand fut formée la légion prusso-russe, Clausewitz en devint le chef-d'état-major et fut nommé général-major. En 1815, il rentra avec ce grade au service de sa patrie. Il était chef d'état-major de Thielmann, lorsque celui-ci se battit à Wawres contre Grouchy. Après la campagne, et, bien

(h 30 décembre 1812.

(2) Uebcrsirht des Feldzugs vom mhrr 1813.

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