CHAPITRE IX
qu'au fond de son âme, le roi de Prusse blâmât la conduite Politique de Clausewitz, cet officier général a été appelé à la direction supérieure de l'Ecole militaire à Berlin, emploi qu'il occupe encore aujourd'hui.
Pendant quelque temps encore, il porta si loin sa mauvaise humeur contre la France, qu'à l'exemple de son ami Gneisenau, il ne voulut point parler notre langue. Sa femme, personne d'un esprit assez distingué, mais fort commune de manières, était plus exagérée encore que lui dans cette antipathie. Cependant, quand il vit le général de Gneisenau abandonner petit à petit sa raideur vis-à-vis de nous et se rapprocher du marquis de Bonnay, Clausewitz fit de même. Il • st resté l'ami et le confident du général de Gneisenau qui employa tous ses efforts, en 1820 et 1821, pour le faire nommer ministre de Prusse à Londres. Le roi n'aime pas Clausewitz, et la tentative resta vaine. Mais, depuis cette époque, ces deux officiers généraux sont restés dans une grande intimité avec le comte de Bernstorff, ministre des affaires étrangères.
Le prince Guillaume-Frédéric de Hesse-Hombourg (1), frère de la belle princesse Guillaume de Prusse, n'a pas de réputation militaire comme général. Il est gouverneur du Luxembourg, où la Prusse, de concert avec les Pays-Bas, entretient une garnison. Il était continuellement à Berlin et fréquentait beaucoup la légation de France. Pour se consoler - doute de n'avoir jamais gagné de batailles, le prince de Hesse affectait, en parlant notre langue, les expressions des vieux troupiers : « Tudieu, monsieur le marquis... Sacrebleu, mon cher Cussy, etc.. »
Un autre général-prince, sans plus de valeur militaire que !«■ précédent, est le prince Guillaume-Malte de Puttbus, seigneur de Rugen. Né en 1785, et marié avec une fort jolie femme, le prince de Puttbus a suivi le sort de ses propriétés qui sont considérables et, avec le passage de la Poméranie, < i-devant suédoise, sous le sceptre de Frédéric-Guillaume III
(1) De 1829 à 1830, ce prince fui Bouverain de la principauté de II Hombourg. bous le nom de Frédéric VF.
le prince de Puttbus est devenu Prussien, tout en conservant le grade de général-major. Ce grade lui avait été donné par le roi Gustave IV qui l'aimait beaucoup et lui avait déjà conféré son titre de « prince ». La famille de Puttbus est comtale. Le frère du prince, le comte de Puttbus, est un fort bel homme qui depuis sept ou huit ans soupire sans succès aux pieds de Mme d'Alopéus. Parlant peu, ne demandant rien, n'espérant plus rien, il se rend tous les soirs dans le salon de la splendide et insensible ambassadrice, heureux de la voir et formant le tome II du chevalier de Toggenbourg, de la ballade de Schiller (1).
Le lieutenant-général baron de Mufïling a commencé à se faire connaître dès la campagne de 1806, pendant laquelle il était chef d'état-major du duc de Weimar. Ce fut lui qui signa la convention de Rattkau, près de Ltibeck. Officier général depuis 1813, il fut à cette époque détaché comme commissaire prussien au quartier général du duc de Wellington. L'année suivante; il a été gouverneur de Paris pendant l'occupation, et sa dureté et son arrogance l'ont alors fait maudire par les Français. A Berlin, près du marquis de Bonnay, du comte de Caux, puis de M. de Chateaubriand, il a tenté quelques efforts pour effacer les tristes souvenirs qu'il a laissés à Paris. On lui attribue une relation de la campagne de 1815, publiée sous la signature de Cari von Weymar (2). Le lieutenant-général de Mufïling est à la tête de l'état-major général de l'armer , i emploie tous ses soins à former de jeunes officiers. Son activité est très grande; malheureusement pour lui, il est devenu fort gros et une campagne à faire serait certainement chose pénible pour lui. Ce gros homme jouit d'une grande considération dans le monde militaire prussien et ses avis sont fort écoutés comme membre du Conseil d'Etat. Il se vante, dit-on, d'avoir agi, à toutes occasions, en vrai Allemand. Sa conduite à Paris en 1814 le prouve suffisamment cl il ne peut craindre d'être jamais pris pour un Français, ses manières étant lourdes
(1) Ij? Chevalier de Toggenbourg.
(2) Histoire de la campagne de 1815. vStuttgard, 1815.)