CHAPITRE IX
çaise; à partir de ce moment, il se lia beaucoup avec le marquis de Bonnay.
Voici sur le général comte de Gneisenau des détails qui figurent, en grande partie, dans un travail de ma composition sur l'armée prussienne, qui, en juin 1824, a été envoyé par le comte de Rumigny au ministère des affaires étrangères (1).
Après le traité de Tilsitt, le comte de Gneisenau joua le rôle de mécontent et se retira en Angleterre, où il était au fond, assure-t-on, l'agent secret du gouvernement prussien. Il revint dans sa patrie en 1810, Après Leipzig, il fut fait lieutenant général et commanda le contingent prussien devant Paris. Il se montra l'ennemi acharné de tout ce qui portait le nom français et, à ce moment, sa haine fut telle que, s'il avait pu rayer le nom de France parmi la liste des Etats, par un partage quelconque, il y eût contribué de tous ses efforts. De retour en Prusse, il eut le commandement des provinces du Rhin.
C'est alors que son exagération contre les Français devint un titre à l'affection de cette partie de la jeunesse allemande qui, par son patriotisme, crut devoir adopter un costume national, modelé sur celui des anciens Teutons, et former « l'alliance de la Vertu », connue sous le nom de Tugendbund. Les principes qui vinrent se fondre dans cette association dégénérèrent en idées de démagogie et de subversion. La protection que le général de Gneisenau avait accordée aux associations de cette nature, avant qu'elles se montrassent sous un jour aussi inquiétant pour le repos de l'Allemagne, fit croire qu'il partageait absolument les principes de cette jeunesse turbulente, et des bruits peu favorables coururent bientôt sur ses opinions politiques. Sous un prétexte de santé, et pour couper court à ces bruits qui nuisaient à sa réputation et le rendaient d'autant plus à craindre que le poste qu'il oe-
il) Le titre de ce travail sur l'armée prussienne est le suivant: De l'état militaire en Prusse, ou Recherches sur l'armée prussienne, son entretien, sa force physique et d'énergie, son instruction, ses dépenses, etc. (Note de l'auteur.)
cupait le mettait à même d'exercer une grande influence, il sollicita d'être placé en non-activité. Le roi de Prusse céda à sa demande, mais en lui conservant ses appointements de lieutenant-général d'infanterie. Après un séjour de quelques mois aux eaux, il revint à Berlin et, comme Blùcher, il affecta de ne pas vouloir parler le français et d'ignorer la légation de Louis XVIII; ce qui se remarqua d'autant plus que le général de Gneisenau a toujours eu des manières distinguées et est doué d'un caractère sociable, tout différent de celui de ce porc-épic, de ce vieil ours mal léché de maréchal Vorwaerts. Cependant la stabilité que prenait chaque jour de plus en plus le gouvernement de Sa Majesté Très Chrétienne, le remena peu à peu, et, afin de détruire tout à fait les fâcheuses impressions qu'avaient pu laisser les bruits dont nous avons parlé, le général de Gneisenau se rapprocha de la légation de France, et le langage qu'il tint alors, en toutes circonstances, montra non seulement que l'on avait été injuste à son égard, en l'accusant d'un libéralisme exagéré, mais encore qu'il était entièrement bien pensant vis-à-vis de la France royale. Aussitôt après la mort du maréchal de Kalckreuth (1818), le général de Gneisenau fut nommé gouverneur de Berlin.
Le général comte de Gneisenau fait partie du Conseil d'Etat. Sa voix est écoutée et son nom exerce une grande autorité. Il est estimé, autant comme homme de bien que comme général. Bien qu'âgé (1), il est d'une forte santé, et, si une guerre s'annonçait prochainement, on tient pour certain qu'il en aurait la conduite, ou, tout au moins, qu'il partagerait cet honneur avec le général de Borstell.
Je ne puis dire que peu de choses précises de ce général de Borstell que je n'ai aperçu qu'une seule fois, car il végète dans une demi-disgrâce, loin de Berlin. Mais je dois en parler, puisqu'il passe pour un des chefs les plus capables de l'armée prussienne. Sa disgrâce date de l'année 1815. Il se refusa à cette époque à exécuter l'ordre brutal de Blûcher de faire brûler
(1) Né en 1760.