CHAPITRE IX
comme sa personne. Par allusion à la signification donnée parfois au mot mufle, le général de Mufïling n'était connu à la légation de France que sous le nom de « Bien nommé ».
Le général de Boyen, entré au service comme simple soldat, a été promu général-major en 1814, à l'âge de quarante-trois ans. Peu après il recevait le portefeuille du ministère de la guerre et suivait son Roi à Vienne et à Paris. En 1818, il était lieutenant-général. L'année suivante, se trouvant en opposition avec le Roi sur les réformes que devait subir la landwehr, il forma dans le Conseil, avec Beyme, ministre de la justice, et le baron de Humboldt, ministre de l'intérieur, une ligue pour renverser le premier ministre et chancelier, le prince de Hardenberg. Celui-ci l'emporta, et, le 31 décembre 1819, les trois ministres ligueurs recevaient leur démission. Depuis cette époque, le général de Boyen vit dans la retraite. Malgré ses blessures, il jouit d'une excellente santé. Le prince royal l'aime beaucoup, et si ce prince arrivait au trône d'ici huit à dix ans (1), il ne serait pas impossible qu'il rappelât aux affaires le général de Boyen, qui passe pour un bon administrateur (2). Dans le temps, il affichait une forte haine contre les Français; actuellement ses préventions ont diminué, et il a même, dit-on, adopté les opinions libérales de certains de nos compatriotes, et désire une Constitution pour son pays.
Le général baron Thielmann sort du service de la Saxe et combattit brillamment à nos côtés jusqu'à la fin de la campagne de Russie, époque à laquelle son souverain lui conféra le titre de baron. Sa conduite à Torgau, qu'il refusa de livrer aux Français, malgré l'ordre qu'il avait reçu de Frédéric- Auguste, n'a pas laissé parmi nous de bons souvenirs. Il passa alors au service de la Russie, puis à celui de la Prusse où il est considéré comme l'un des plus habiles généraux. Le général Thielmann a un parler grossier et des façons vulgaires. Il boude notre légation, qui ne s'en porte pas plus mal.
(1) Ceci est écrit en 1KJ6.
(-) Le ro Guillaume IV a en effet appelé au ministère de la
guerre le général «I Boyen. [Note de 1 s '» , . >
A la tête du VIe corps prussien, à Breslau, se trouve le lieutenant-général de Zieten qui, malgré sun grand âge, passe pour l'un des chefs les plus capables de son pays. Sa maison est tenue sur un grand pied, sous la direction de Mlle de Zieten, sa lille, grande, au port noble, aux manières affables, qui étail citée, dans k-s salons de Paris, pour sa merveilleuse beau!, el sa distinction en toutes choses. Je l'avais vue en 1815, chez le duc de Gramont, où la belle Prussienne avait fait sensation. Ce souvenir que je me permis de rappeler à Mlle de Zieten ne lui sembla pas désagréable. Dans ses salons de Breslau, et dans ceux de Berlin, — où elle venait fréquemment, — elle aimait beaucoup causer avec les membres de notre légation et s'exprimait, du reste, en français le plus pur. Le du< de Cumberland ne manquait jamais de nous dire, à propos de Mlle de Zieten, que quelques splendides personnes comme elle contribueraient beaucoup à une alliance franco-prussienne.
Fils de l'illustre général de cavalerie de ce nom, le lieutenant-général de Zieten est filleul de Frédéric II, qui le nomma officier sur les fonts baptismaux. Après avoir fait toutes les campagnes de l'armée prussienne et avoir commandé un corps à Waterloo, le lieutenant-général de Zieten resta en France jusqu'en 1818, comme chef des troupes d'occupation. Pour lui témoigner sa satisfaction de la discipline qu'il avait su maintenir parmi ses troupes, Louis XVIII lui envoya alors une fort belle boite ornée de diamants et le grand cordon de l'ordre du Mérite militaire. En même temps, le général de Zieten recevait de son roi l'Aigle noir et le commandement du VIe corps.
Je n'ai rencontré qu'une seule fois le général célèbre dans les fastes de la trahison et dont le nom est justement honni par les Français : le général Yorck. C'était, je crois, en 1821 . chez le duc de Cumberland, lors d'une fête donnée en l'honneur de M. de Chateaubriand. Ce traître prussien n'exerçait plus de commandement depuis la mort de sun fils unique, lieutenant de hussards, tué, le 1er juillet 181f>. près de Versailles. Il s'était retiré dans ses terres de Silésie el ne devint