CHAPITRE IX
feld-maréchal qu'honorairement, en passant à la retraite le 5 mai 1821.
Le général Yorck, qui commandait le corps prussien placé sous les ordres du maréchal Macdonald, dans les environs de Riga, pendant la désastreuse campagne de Russie, donna l'exemple de la défection aux troupes des souverains alliés de Napoléon. Cet exemple fut suivi par les Saxons sur le champ de bataille de Leipsig, puis par les Bavarois qui, à Hanau, alors qu'ils cherchaient à couper la retraite de l'armée française, furent ignominieusement culbutés par le corps des gardes d'honneur. Ce fut aussi cet exemple de Yorck qui encouragea Thielmann à Torgau et qui, successivement, enleva à l'armée française toutes les légions allemandes qui avaient oublié l'art de la guerre, depuis que l'âge et les infirmités avaient condamné Frédéric II au repos, et que notre drapeau avait souvent guidées sur le chemin de la gloire, à partir du moment où le grand capitaine des temps modernes les avait appelées autour de lui. La défection du général Yorck, négociée secrètement entre le colonel de Massenbach, de son étatmajor, et le général de Clausewitz, Prussien attaché à l'état major du général russe prince de Wittgenstein, a, sans contredit, été le premier élément de la chute de Napoléon et du retour à la puissance du roi de Prusse et des autres souverains allemands. Le second élément a été la défection des Saxons qui, survenant inattendue, au milieu d'une action, a occasionné la perte de la bataille de Leipsig, et, cette bataille perdue, la route de la France s'est trouvée ouverte, et cela, au moment où notre pays était ''puisé, où tous les hommes jeunes avaient été envoyés à l'armée. Mais je me laisse entraîner... Pourquoi parler ici de cette abominable défection sur laquelle j'aurai à donner bien d'autres détails quand, plus loin, je consignerai ce que m'en a dit le général saxon de Gersdorff?... Revenons au général Yorck.
Très certainement, le roi de Prusse ne pouvait pas aimer Napoléon, l'allié puissant et despote qui pesait de tout son gigantesque poids sur les destinées de la Prusse. On ne saurait
douter non plus que Frédéric-Guillaume III, dont les états avaient été diminués de moitié par l'épée du vainqueur, au traité de Tilsitt, ne désirât, soit la chute de cet allié, soit son abaissement; mais l'âme honnête, droite et vertueuse du roi de Prusse ne lui avait jamais indiqué la trahison comme un moyen à employer contre le puissant guerrier qui l'obligeait à se faire son allié. Aussi, Frédéric-Guillaume III n'a-t-il jamais pardonné, au fond du cœur, au général Yorck, l'exemple de défection donné au monde par les troupes prussiennes. Il ne lui accorda aucune faveur et, ainsi que je le dis plus haut, le traître prussien ne fut-il nommé feld-maréchal, qu'au jour de sa retraite, et seulement à titre honoraire.
En même temps qu'il devenait feld-maréchal honoraire, le traître Yorck devenait morose et mécontent de tout. Le colonel de Krafît m'a conté la violente colère qu'éprouva le général Yorck, lorsque le roi de Prusse, créant une quatrième classe à l'ordre de l'Aigle rouge, qui n'en avait que trois, conféra cette quatrième classe à divers « castellans » ou concierges de résidences royales. Quand il apprit la chose, le général Yorck se trouvait au lit, malade.
— Eh! quoi, s'écria-t-il, des valets porteront désormais la même décoration que d'autres hommes ont payée de leur sang!... Honte à l'ordre de l'Aigle rouge!...
Et, prenant sa propre décoration, le général Yorck la jeta dans son pot de chambre...
Le colonel de Krafît termina son récit par cette réflexion qui montre le peu d'estime qu'ont, en somme, les Prussiens pour l'acte du général Yorck : « Un honnête castellan vaut mieux qu'un traître. »
Le lieutenant général comte de Lottum est ministre d'Etat et l'ancien gouverneur du prince royal. Il ne jouit pas d'une grande réputation militaire, mais ses nombreuses qualités lui procurent une considération spéciale. Quel homme du monde aimable et distingué et quels rapports agréables j'ai eus avec lui quand, après la rentrée en France du comte de Chastellux, il m'a fallu, en dehors tic uns fondions de secré-