CHAPITRE IX
taire de légation, traiter, de concert avec lui, toutes les affaires relatives au retour dans leur patrie des prisonniers de guerre français venant des provinces de Prusse et de Russie (1)! Sans l'aménité du loyal comte de Lottum, aurais-je obtenu toutes les facilités que je pouvais désirer pour adoucir le sort ûe mes malheureux compatriotes, serais-je arrivé à en rapatrier un aussi grand nombre? (2)... Le comte de Lottum (3)... Toujours je prononcerai ce nom avec reconnaissance (4).
J'ai encore conservé un excellent souvenir du général de \;itzmer, âgé d'une quarantaine d'années seulement et général depuis dix ans (5). Ami d'enfance des princes, auprès desquels il fut placé de bonne heure, il a suivi le prince Guillaume, fils du roi de Prusse, dans le voyage que ce prince fit à Saint-Pétersbourg, il y a quelques années. L'empereur Alexandre aime beaucoup le général de Natzmer qu'il présenta à sa Cour comme « son frère d'armes ». Pendant la dernière campagne des Autrichiens en Italie, contre les Napolitains (1823), le général de Natzmer a été envoyé au quartier général autrichien, en qualité de commissaire extraordinaire prussien. En cas de guerre, la faveur dont jouit le général de Natzmer, son âge, et le poste qu'il occupe, comme commandant de la 11e division militaire, lui feraient probablement jouer un rôle distingué (6).
Très répandu dans le monde, et valsant volontiers, le gé-
(1) Le prédécesseur du comte de Chastellux dans cette mission avait été le lieutenant-général vicomte de Bruges. (Note de l'auteur.)
(2) Près de 4,000 sont rentrés en France par mes soins. (Note de l'auteur.)
(3) Mort en 1841, le comte de Lottum a laissé deux fils, dont l'aîné, ministre de Prusse a Naples, puis à La Haye, a épousé la très jolie fille du prince de Puttbus, qui l'a rendu tellement malheureux qu'il a divorcé. (Note de 1851.)
(4) C'est sur cette mission spéciale, indépendante de mes fonctions à la légation, que s'est appuyée en 1823, à mon départ de Berlin, le comt>- de BernstorfT, pour demander à son souverain, en ma faveur, la croix (!<• l'Aigle rouge, l'usage s'opposant à ce que cet ordre soit donné à un second secrétaire de légation. (Note de l'auteur.)
(5) Ceci est écrit en 1826.
(6) En 1838, j'ai retrouvé à Danzig 1<- «."ii'iil de Natzmer qui commandait le corps d'armée dont le quartier général est à Kœnigsberg. Ce pauvre général était Li«m vieilli de toutes façons. Il a une femme belle et distinguée (Note de 1840.)
aérai de Natzmer aimait rire et fréquenter les endroits gais, lu soir, au bal masqué de l'Opéra, causant avec le général, revêtu comme moi d'un domino, je vis deux femmes, dont l'une d'une taille majestueuse, toutes deux costumées en paysannes russes, entourées par des hommes grossiers qui [es traitaient un peu trop en camarades. Effrayées, ces dames courent vers nous et balbutient à nos oreilles des noms bien connus : c'étaient la splendide Mme d'Alopéus et une nièce de son mari, Mlle Katische de Butzow. Nous tirons aussitôt nos masques; le général prend le bras de la belle ambassadrice >< min |,. sien, je prends celui de la nièce, et le général dit alors avec force : « Messieurs, nous prenons ces masques sous notre protection, et c'est désormais le chevalier de Cussy et le général do Natzmer que toute insulte atteindra. » La première fois que je vis M. d'Alopéus (1) après cet incident, il eut la naïveté e1 la cynique fatuité de me dire: « Pendant que Natzmi v et vous gardiez mes trésors, moi je promenais mes amours d'un autre côté. »
Je clos ces aperçus sur les généraux prussiens que j'ai connus, en disant, qu'à ma croyance, ceux qui, en cas de guerre prochaine, joueraient les rôles les plus importants, seraient sans doute Gneisenau, de Natzmer, Thielmann, de Rauch, commandant en chef du génie, de Borstell, Muflling, de Boyen, l s deux Ryssel, et peut-être Clausewitz et le vieux Zii ten lui-même.
Je continuerai ces notes, en passant en revue ceux des ofïi- - prussiens avec lesquels nous avions des rapports suivis et agréables.
Un des plus aimables officiers de Frédéric-Guillaume III est le major de Massow, qui porte la décoration de la Légion d'honneur et est aide de camp du Roi depuis son retour de Paris, en 1817. Fort jeune, il fut, à la demande du gouvernement de Napoléon, poursuivi comme partisan d'un soulèvement contre la France. Etant parvenu à s'é( happer, il
(1) Ambassadeur de Russie à Berlin.