CHAPITRE X
rie-Guillaume III, ce valeureux prince Louis, tué à SaalMd, quelques jours avanl léna. Dans le cabinet du duc de Cumberlandj j'ai vu. encadrée, une découpure d'un journal français du mois de janvier 1794, annonçant en ces termes le double mariage des deux princes prussiens avec les deux prin< •<■ de M« < klembourg-Strélitz : Les deux fils du tyran de Prusse viennent d'épouser deux filles du petit tyran de Mcddembourg. De ce premier mariage de la duchesse de Gumberland, il y a eu deux enfants. D'abord, le prince Frédéric, né en 1794, prince d'une bonté parfaite et d'une aménité de mœurs bien rare, qui a épousé, en 1817, la princesse Louise d'Anhaltlî'inbourg. Puis la princesse Frédérique, née en 1796, et mariée en 1818 au duc régnant d'Anhalt-Dessau. La princesse Frédérique a des formes mignonnes et délicates et une physionomie d'une douceur remarquable; elle est aimée de I "ii les les personnes qui ont l'honneur de l'approcher. J'ai assisté à ces deux mariages, de même qu'à celui de la princesse Alexandrine, fille du Roi, qui a épousé, en 1822,1e grand-duc héréditaire Paul de Mecklembourg-Schwérin.
Les cérémonies ou fêtes de Cour qui ont lieu en pareilles circonstances méritent d'être rapportées.
Le soir du jour où le mariage a été béni, il y a grande réunion chez le Roi. Le corps diplomatique s'y trouve en entier. Dans la journée, toutes les personnes présentées ont eu l'honneur d'aller saluer les nouveaux époux, qui se tiennent debout sous un dais. Dans cette réunion du soir chez le Roi a lieu le Fakel Tanz ou « Danse aux torches ». Le prince dont on célèbre le mariage fait, en donnant successivement la main à chacune des princesses présentes, le tour de la grande salle, Buivi chaque fois de sa nouvelle épouse qui, de son côté, accomplit cette promenade successivement avec chaque prince de la famille royale. Dans cette promenade, sorte de « Polonaise » qui a lieu au son de cent instruments de cuivre el qui se renouvelle jusqu'à ce que le dernier des princes ait dansé avec l;i princesse bérolne de la fête, Les deux nouveaux mariés sont précédés par tous les ministres dirigeants et les ministres i. ! I
d'Etat, portant une torche allumée dans la main droite et marchant sur deux lignes. Lorsque cette promenade — bruyante mais triste de monotonie — est terminée, la Cour se retire. La nouvelle mariée est alors conduite à la chambre nuptiale, et la dame d'honneur de service ne tarde pas à revenir, tenant à la main et la distribuant aux hommes qui s'approchent la jarretière de la mariée, coupée, à l'avance, en nombreux morceaux. Le lendemain, il y a « lever » chez la princesse. Les hommes qui ont pu obtenir un morceau de jarretière le portent à leur boutonnière, et la jeune princesse leur fait l'honneur de leur adresser quelques mots. J'ai été l'un de ces heureux, tant au mariage de la princesse Frédéric de Prusse qu'à celui de la princesse Alexandrine, fille du Roi(l). Veuve du prince Louis de Prusse, la duchesse de Cumberland actuelle avait épousé, en secondes noces, le prince Frédéric-Guillaume de Solms-Braunfels, dont elle a été séparée; mais la fatalité voulut que le jugement de séparation fut prononcé par le tribunal, lorsque le prince de Solms-Braunfels était déjà mort depuis un ou deux jours (2). Cette circonstance d'une séparation, fort inutilement prononcée, a suffi pour que la vieille reine douairière d'Angleterre n'ait jamais voulu recevoir sa belle-fille, ce qui a décidé le duc de Cumberland à venir s'établir à Berlin. Je possède une caricature anglais.*, devenue fort rare, le gouvernement de Londres ayant donné l'ordre d'en détruire tous les exemplaires. On y représente un bal donné à la Cour d'Angleterre; on y voit la foule dansant
(1) J'ai conservé ces deux reliques de Cour, qui sont toujours en ma possession. Ces riens sont cependant des souvenirs que l'on garde avec plaisir et avec soin. C'est ainsi que je conserve un gant de la duchesse de Berry, que cette princesse, qui avait bien voulu me nommer son commissionnaire à Dresde, m'avait envoyé comme modèle pour les paires de gants dits « de peau de Suède ,< que l'on fabrique dans la capitale saxonne. C'est aussi, pour la même raison que je garde précieusement une plume qui a tracé des phrases éloquentes, car je l'ai prise dans les mains de M. de Chateaubriand. (Note de 1829.)
(2) De son union avec le prince de Solms-Braunfels, la princesse Frédérique de Mecklembourg-Strélitz avait eu quatre enfants : les princes Guillaume, Alexandre et Charles, nés respectivement en 1801, 1807 et 1812, et la princesse Auguste, née en 1804.