‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 11 sur 205 · CHAPITRE PREMIER i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER i

vandière que j'embrassai très tendrement, puis je m'assis aux - de mon général, à la joie des spectateurs et à l'ahurissement <lu mari. En 1816, à mon arrivée à Berlin, par un de hasards bizarres que l'on rencontre dans la vie, on vint me proposer cet homme pour entrer à mon service. Nous nous reconnûmes. Gravier — c'était son nom — resta assez longtemps mon valet de chambre. Depuis deux ans il vivotait péniblement en Prusse où il avait couru à la poursuite de sa femme, « une gaillarde introuvable, jolie et vicieuse qui, ajoutait-il avec une patriotique indignation, après m'avoir trompé avec vous, un officier français, a suivi un officier prussien. »

Le lendemain, 20 mars, il faisait très froid, avec un beau soleil. Nous nous dirigions sur Arcis. Me trouvant, comme je l'ai dit, près du général, dans sa voiture, j'avais disposé autour de ma tête, pour dormir, un foulard. Nous rencontrâmes le maréchal Macdonald; il s'arrêta pcnr parler au général Janssens. Eveillé par leurs voix, j'avancO la tête. Dans ce uniment le maréchal souleva son chapeau et continua de parler la tête découverte. Moins d'un mois après, lors de sa présentation au duc de Berry, Caroline Janssens fut accueillie par mots : « Salut à notre héroïne! » Et le neveu du roi, lui ayant galamment baisé les doigts, de la nommer aux assistants en disant : « Voici une vaillante et jolie femme de Hollande qui a fait la dernière campagne! » Nous sûmes depuis que le maréchal Macdonald, qui avait vu un jour Caroline à Mézières, m'avait pris, le 20 mars, pour elle, habillée en homme, afin d'attirer moins l'attention. J'avais dix-huit ans à peine; • •ri voyant ma figure imberbe, on pouvait peut-être se tromper; mais c'était me faire un tacite compliment bien flatteur que de me prendre pour la ravissante fille de mon général. Et je ['.•use aussi que le duc de Berry, avec son penchant pour les femmes, n'était pas fâché de se mettre dans les bonnes grâces 'I" Caroline Janssens. Mais il y perdait ses frais.

Le même jour, 2'» mars, ut lieu la bataille d'Arcis-sur-Aube que les alliés prétendent injus cm ni avoir gagnée, puisque, un contre dix. qous restâmes maîtres dé nos positions. L'Em-

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pereur, toujours vainqueur là ou il Be trouvait, devait, aussitôt après avoir battu l'ennemi, se porter sur un autre poinl pour

battre encore de nouveaux bataillons, et c'est ainsi que, vainqueur à Arcis-sur-Aube, il fut dans la nécessite «le se diriger dans la nuit sur un autre point.

Gravement blessé au début de l'action, le général J;insseu> reçut dans la soirée l'ordre de l'Empereur de se rendre à Paris. Il n'était pas en mesure de continuer à exercer son commandement, mais sa blessure lui permettait de voyager (1). Il était chargé, me dit-il plus tard, d'une mission important' poiu le roi Joseph et d'une lettre pour l'ex-Impératrice (2). Avant que le général quittât l'armée, Napoléon l'autorisa à distribuer à son état-major des croix de la Réunion. L'Empereur, qui avait créé cet ordre à l'époque de la réunion de la Hollande à l'Empire, à la place de celui de l'Union, institué par le roi Louis-Napoléon, avait l'intention de faire quelque chose d'agréable au général Janssens. Je reçus l'une de ces croix, mais les événements marchèrent vite, et, en 1815, j'ai cesse de porter la décoration de la Réunion, morte avec l'Empire. Cette croix, à rayons nombreux, se portait suspendue à un ruban bleu de ciel et était fort jolie. Elle avait pour exergue : d'un côté, Tout pour l'Empire, de l'autre : A jamais. Lors de mon entrée aux gardes du corps, le duc de Gramont, pour m< consoler de la perte de cette décoration, dont j'étais fier, car c'était ma première, fut assez aimable pour me comprendre dans un travail de nomination de la Légion d'honneur, assurant que, malgré mon âge, j'avais droit à cette distinction par mes services; mais je me trouvais vraiment bieD jeune encore, et je priai mon chef de faire bénéficier de ma proposition 1< commandant Frère, dont personne ne s'occupait. Je fus assez

(1) Lo chevalier do Cussy ne nous dit poinl quelle était la nature de 1 blessure du général Janssens. Dans son 1814, Henri Houssaye écrit que blessé :'i Arcis-sur-Aube, le général Janssens remit le commandement division au général de division Lefol. La division hollandaise faisait partit du 3e corps. (Note de V éditeur.)

(2) Je nf sais si le général Janssens a pu remplir sa mission près du ro:

Joseph et remettre la lettre de Napol i à l'ex-impératrice qui mourut

d.iix mois plus tard. (Note de l'auteur.)

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