CHAPITRE XII
petite soirée intime chez la grande -duchesse. On servit des fruits et la princesse Elisa employa ses helles mains à peler âne poire qu'elle coupa en deux. Par un mouvement de distraction affectée, elle en porta un morceau à sa bouche, ses lèvres le touchèrent, et elle le posa de nouveau sur l'assiette, qu'elle présenta aussitôt à un beau jeune homme, officier d'ordonnance de l'Empereur, arrivé depuis quelques heures, porteur d'un message de Napoléon. Le jeune lieutenant, qui causait avec la princesse Elisa et qui avait suivi des yeux la manœuvre, s'empare avec empressement du morceau touché par la jolie bouche. Peu après, la grande-duchesse sortit du salon, et vingt minutes ne s'étaient pas écoulées qu'un officier de service vint dire au messager de l'Empereur que la princesse Elisa désirait l'entretenir en particulier au sujet des dépêches qu'il lui avait apportées. La discussion fut sans doute très vive : une heure après, la princesse revint, l'air satisfait, mais le bel officier d'ordonnance ne rentra pas au salon. Le général Janssens ajoutait, qu'au surplus, il est certain, que, de même que leur sœur aînée, les princesses Borghèse et Murât ne se sont jamais gênées pour satisfaire leurs nombreuses amours. Il m'a assuré un fait qui m'a été, du reste, confirmé par d'autres personnes qui ont vu et suivi la princesse Pauline; c'est que cette dernière, si belle et si bien faite, s'est donnée à Canova. le grand sculpteur. Et pourquoi ne serait-ce pas, si, en effet, la princesse Pauline a posé, absolument nue, devant Canova?... Quelqu'un de la Cour de la princesse Borghèse, s'étonnant, en présence il- celle-ci, de ce qu'elle avait pu poser nue devant un artist.-, en reçut, dit-on, cette réponse stupéfiante : « Oh! mais la
chambre était chauffée »
C'est, je crois, en 1820, que nous vîmes arriver à la légation M. Agar, comte de Mosbourg. qui a été ministre des finances de Murât, dans le grand-duché de Berg et dans le royaume de Naples. M. Agar avait reçu de Murât la terre de Mosbourg, que le gouvernement prussien, se fondant sur les traités de 1814 et 1815, voulait lui reprendre. La légation de
Franco soutint énergiquement les droits de notre compatriote. qui gagna son procès. La terre de Mosbourg lui fut restituée et il s'empressa de la vendre. Une circonstance fort honorable pour M. Agar est que les notables du grand-duché de Berg, apprenant les difficultés faites au comte de Mosbourg, dont ils se rappelaient avec reconnaissance la bonne et utile administration, alors qu'il était ministre des finances de leur petit pays, adressèrent en bâte au roi de Prusse une pétition pour I'' supplier de se montrer favorable au comte.
Le général Savary. duc de RovigO, ancien ministre de la police impériale, ancien aide de camp de l'empereur Napoléon, vint, en 1821, à Berlin, pour un motif semblable. Il avail vendu la dotation que Napoléon lui avait octroyée en Prusse, usant de la faculté que lui laissait à cet égard la loi sur les majorats, et avait, immédiatement, et sans attendre le paiement de l'acquéreur, reconstitué en France, sur sa fortune privée, un majorât de la valeur de la terre vendue. Ne pouvant rentrer dans ses fonds, et ayant appris que l'acquéreur avait, néanmoins, déjà réalisé la vente de quelques parcelles du majorât prussien, le duc de Rovigo obtint un jugemenl d'expropriation et devint, aux enebères qui furent criées, propriétaire de nouveau de la terre en question qui, selon lui avait perdu le caractère dotal, ou de dotation, lequel, conformément aux traités, devait faire rentrer cette terre en la possession du gouvernement prussien. Portée devant les tribunaux et appuyée auprès du ministre prussien par notre légation, cette affaire fut des plus longues à se dénouer. Le fisc perdit en première et seconde instance; il restait encore une voie ouverte à la cliicane : le roi de Prusse ne voulut pas qu'on y entrai et lit lever le séquestre. Comme le comte de Mosbourg, le duc de Rovigo s'est empressé de vendre : le gouvernement prussien a été l'acquéreur amiable et a donne lé prix d'expertise.
Le «lue, de Rovigo, que j'ai beaucoup vu dans l'intimité, m'a raconté mille Eaits des plus curieux. .le me bornerai a consignai Loi oeuj d'entre ces souvenirs de conversation qui m'ont