CHAPITRE XIII
jours gai et enjoué. Toutes les dames raffolent du baron Pasquier, ce qui s'explique, quand on l'a vu dans un salon, où frappent son agréable physique et l'élégance de sa tenue et de ses manières et où il brille par sa façon de dire les complimpnfs et les anecdotes. Je me souviens que feu le marquis de Bonnay disait ceci du baron : « Voir l'élégant Pasquier parader dans un salon et les yeux de toutes les femmes fixés sur lui, ce n'est rien : il faut l'entendre parler; c'est une musique. » Appréciation qui n'a rien d'exagéré, et je crois que cette musique a trouvé le chemin de bien des cœurs.
Afin d'être présenté à Mme Pasquier, j'arrivai le lendemain de bonne heure chez le ministre, et assistai à l'entrée des invités, dont les noms étaient criés par l'huissier de service. Un nom, entre autres, fut horriblement estropié par cet homme. L'hilarité gagna tout le monde, et, à cette occasion, la baronne Pasquier nous raconta qu'entrant, un jour, chez le prince archi-chancelier de l'Empire, l'huissier annonça d'une voix forte : « Mme Paquet! » Aussitôt M. d'Aigrefeuille, qui faisait les honneurs de Gambacérès, s'avança en souriant, et dit, tout en baisant la main de Mme Pasquier : « Je voudrais bi^n qu'il fût à mon adresse! »
La baronne Pasquier a été admirablement belle et devait, es, être encore fort bien à l'époque où M. d'Aigrefeuille lui débitait cette galanterie. C'est pendant la Terreur, qu'étant veuve du comte de Rochefort, elle a épousé par amour ce desi ndant du grand Etienne Pasquier (1). M. et Mme Pasquier ont tous deux failli périr sur l'échafaud révolutionnaire. Le soir où je me trouvai à table chez eux, on rappelait ce souvenir et un des voisins de la baronne lui dit : « Oh! madame, c'eût été pis qu'un crime de lèse-majesté. Et, du reste, le couperet de la guillotine eût-il pu trancher de si jolies têtes?... » Je ne note ici cette fadeur que pour avoir l'occasion d'écrire que, roalgré leur âge, le baron et la baronne Pasquier forment encore un beau couple.
(i) Anne de Serre de Saint-Roman.
Pendant mon séjour à Paris, qui fut d'environ trois semai] je fis la connaissance de M. de Rayneval, directeur des travaux politiques, qui, plus tard, m'a montré, comme chef, tant de confiance et d'amitié à Berlin; et j'entrai aussi en relations avec MM. Bourjot et Campi. M. Bourjot, chef de la division du Nord, est un homme de talent et de manières parfaites, un peu sec, affable toutefois quand il le veut. Quant à M. Campi, chef de bureau du chiffre, qui, s'il faul l'en croire, est l'inventeur des chiffres nuls dans les dépêches, « car, monsieur, me dit-il, avant mon entrée au ministère, il n'y avait pas de nuls », c'est un bon homme mais un pauvre esprit, qui n'était pas en état de faire mieux que ce qu'il faisait, dans une branche du service qui réclame des réformes et une tête plus jeune . | moins fatiguée.
On me présenta à M. d'Hauterive (1), chef des archives et chancelleries, homme de valeur, dont Napoléon faisait le plus grand cas. A sa propriété de campagne, à Arcueil, où il m'invita à dîner, je trouvai le ménage des Auguste d'Hauterive (2), neveux de mon hôte, et MM. Pontois (3) et de Boislecomte (4), agréables jeunes gens, engagés comme moi dans la carrière diplomatique.
M. d'Hauterive a une conversation fort instructive, malgré qu'il lui soit échappé de me dire qu'il n'était plus « qu'un songe creux ». A l'occasion du nonce, je me souviens du propos émis par M. d'Hauterive : « Tous les nonces paraissent taillés sur le même patron. Ils ont tous même salut, même sourire, même langage. J'en ai vu beaucoup dans ma vie. Eh bien! en les comparant entre eux, je pourrais croire qu'il y a à Rome une
(1) Le comte Blanc d'Hauterive, conseiller d'Etat.
(2) C'est avec Auguste d'Hauterive, sous-directeur au département ■ !■ affaires éti : le j'ai publié l'an dernier, sous les auspices d< M- I
de Broglie, ministre des affaires étrangères, le recueil en 'li\ volum Traités de commerce et de navigation. {Note de 1833.)
(3) Edouard Pontois a bien marché <lan~ la carrière. Il esl devenu mi : plénipotentiaire aux Etats-Unis, ambassadeur à Gonstantinople, et pair de France. (Note de 1851.)
(4) Encore un qui n'a pas a se plaindre de la Providencel La dernière fois
que y l'ai rencontré, c'était en i*i7. il était alors ambassadeur à I (Note de 1851.)