‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 129 sur 205 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

école de nonces, comme il y avait à Bergame une école pour les arlequins. Celui que nous avons en France est, je crois, un des meilleurs : il est^franc, autant qu'il est donné à un nonce de l'être. »

Je revis avec le plus grand bonheur la plupart de mes vieux amis; malheureusement je ne pus prendre le temps de me rendre en province chez mon père et mes sœurs, étant à la disposition du ministre qui pouvait me faire repartir d'un instant à l'autre. Et, en effet, avant le vingtième jour, je reçus mon ordre de départ et je dus prendre dans ma voiture un de mes collègues, M. Boistel, un protégé du général Dessolles, dont il avait été l'aide de camp dans la garde nationale et que l'on envoyait en courrier à Saint-Pétersbourg. J'avais accepté avec enthousiasme ce compagnon de route, mais je devais être bien dépité. Morose et peu causeur, M. Boistel n'ouvrit, pour ainsi dire, la bouche que pour me proposer, le plus sérieusement du monde, à plusieurs reprises, de décharger nos pistolets sur des postillons qui nous avaient répondu avec impertinence.

Peu de temps après mon retour à Berlin, le marquis de Bonnay quitta cette ville pour n'y plus revenir. Le ministre ii'' pourvut pas de suite au remplacement du vénéré marquis, • i se borna à nommer un premier secrétaire de légation : ce fut le comte' Roger de Caux qui, après avoir servi dans les rangs espagnols à l'époque de l'émigration, était entré dans la diplomatie, où il avait débuté à Bruxelles, sous les ordres 'lu marquis de La Tour du Pin. Jusqu'à son arrivée, qui se fit ii )<ndre deux mois, je restai donc chargé des affaires de la légatioil de France à Berlin.

qu'il y eu! <)'• plus saillant durant mon intérim, ce furent les affaires de Naples. Le gouvernement prussien s'occupa de renouveler les garnisons des provinces rhénanes, qui furenl constituées avec des régiments venus de la Prusse orientale; opération qui se fit sous la surveillance directe de Pintendani général de l'armée, M. de Ribbentropp, qui s'était transporté à cet i -ifi't à Cologne. Plusieurs officiers prussiens sollicitèrent

de leur Bouverain la permissi 1" Be rendre à l'armée autrichienne, pour y servir, comme volontaires e1 sans solde, si la guerre éclatail en Italie. Ces affaires de Naples causaient bit n du souci au comte de Bernstorff, car, dans un entretien avec quelques intimes, il s'écria : « Voilà maintenant l'Autriche qui nous demande une coopération el des mesures qui deviendront une lourde charge pour la Prusse, si nous accédons aux désirs du cabinet autrichien! »... Par contre, la révolution portugaise ne produisit, en Prusse, qu'une très faible sensation. < >n y plaignit les Portugais d'être depuis longtemps soumis à l'Angleterre, et l'on rapporta ce propos du comte de Bernstorff, sur la tutelle de l'Angleterre. « C'est la pire de toutes, car elle f;iil du pupille une espèce d'esclave, d'ilote, dépourvu d'idéi s, craintif, obéissant, et qui doit se regarder comme d'une espèi • bien inférieure aux Anglais, ces êtres dédaigneux, vains, froids, égoïstes... » Ainsi que M. de Bernstorff. je formai, moi aussi, les vœux les plus ardents pour que les Portugais fussent a jamais affranchis de cette pesante protection. Mais, je le répète, il était visible qu'à Berlin les nouvelles de Portugal étaient accueillies avec une sorte d'indifférence et disparaissaient derrière l'importance prise par les affaires de Naj>l>-. Voici la longue réponse que me fit, le 25 septembre (1820), le oomte de Bernstorff, alors qu'à la suite d'un entretien particulier je lui demandai s'il n'avait rien à communiquer à mon gouvernement, au sujet du mémoire confidentiel sur les affnir, s de Naples.

— « Dites bien que nous avons entièrement partagé les vues du mémoire; que nous approuvons entièrement la réunion proposée et que nous attendons avec impatience les conférences de Troppau, persuadés qu'il y aura accord unanime dans les mesures à prendre dans l'intérêt des trônes. Mais nous blâmerions entièrement aussi cette réunion si elle avait pour but de restreindre les projets de Y Autriche. Aussi longtemps que cette puissance ne fera rien de contraire aux traités, nous pensons, en effet, qu'on doit lui savoir gré de vouloir bien prodiguer, seule, ses trésors et ses soldats pour la cause coin-

Page 1