‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 130 sur 205 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

muno des rois, tandis que d'après ces mêmes traités et l'alliance existante entre les cinq grandes puissances, elle serait en droit de demander un concours actif au lieu du simple concours moral qu'elle réclame. Et puis, si l'on voulait lui dicter ce qu'il conviendrait qu'elle fit, quand tous ses préparatifs hostiles sont faits depuis longtemps, ce serait agir contre l'intérêt commun des trônes, que l'esprit des révolutions cherche, partout, à renverser... Retarder la marche de l'Autriche el la faire entrer dans un système de temporisation, serait donner à la révolution napolitaine le temps de se mettre en mesure de se défendre... On ne peut soupçonner cette puissance d'aucune vue ambitieuse, quand elle se dévoue ellemême pour ses alliés et la cause des Rois en général, sachant très bien, d'ailleurs, tous les risques que courent ses armées, auxquelles le moindre échec pourrait devenir fatal, puisqu'elles laisseront derrière elles des provinces italiennes où les esprits sont en grande fermentation... Dites enfin que nous pensons que les conférences de Troppau doivent plutôt avoir lieu, pour s'entendre sur ce qu'il y aura à faire un jour, — soit que l'Autriche réussisse, soit qu'elle ne réussisse pas, — que sur ce qu'il y a à faire maintenant... »

Ces affaires de Naples avaient accaparé tellement les esprits qu'on y rattachait les moindres faits. Ainsi, le général Carnot, en exil à Magdebourg, ayant été invisible durant les premiers jours de ce mois de septembre, les personnages les plus sérieux avaient pensé aussitôt que le général républicain avait disparu de Magdebourg pour rejoindre les révolutionnaires italiens.

M'étant souvenu qu'à mon récent passage à Paris le chancelier Pasquier m'avait longuement parlé du développement des idées libérales de Prusse, je lui avais adressé, le 9 septembre, quelques notes intéressantes sur cette question, notes que je transcris ici.

a Le germe des idées dites « libérales » existe fortement en Prusse, dans la classe des hommes de lettres, parmi les étudiants, les employés subalternes des Régences, les clai

moyennes de la population, et, plus ou moins, parmi les jeunes officiers de la ligne et des corps savants de l'armée. I déments de Naples ont donc trouvé beaucoup de partisans à Berlin, lesquels, cependant, n'ont pas généralement approuvé la manière dont le roi des Deux-Siciles a été forcé d'accepter la constitution des Cortès. Ces événements ont été, par ailleurs, hautement désapprouvés, comme on devait s'y attendre, par la première classe de la société, le gouvernement, les chefs de l'armée, et beaucoup de jeunes officiers, eux-mêmes, ont gémi que c'ait été l'armée qui, en Espagne et à Naples, ait donné l'exemple de la désobéissance et de l'insubordination. Si quelque tentative dans le genre de celle de Naples et d'Espagne avait lieu en Prusse, on croit qu'une assez grande partit' de la population des anciennes provinces en favoriseraient le développement et les succès de tous ses vœux, sans cependant y prendre une part active. On croit aussi que les meneurs profiteraient de l'époque où la landwehr est réunie, et qu'ils pourraient trouver dans l'armée de ligne des officiers et des soldats pour se joindre à eux; mais, en général, l'armée sciait fidèle au Roi, et la garde royale, dont tous les officiers tiennent aux premières familles de Prusse, n'oublierait, ni ses serments ni ses devoirs... Des symptômes d'insurrection pourraient, cependant, se manifester dans les provinces du Rhin, où les mécontents sont en grand nombre... Là on regrette, avant tout, d'être Prussiens, et l'on affecte de braver le gouvernement, en frondant ouvertement toutes ses mesures (1). De plus, l'obligation, pour les régiments conslitir.mt les garnisons des provinces du Rhin, de vivre au milieu d'une population mal disposée pour le gouvernement, peut avoir une influ fâcheuse sur le moral des soldats, et, peut-être, sur l'espril d'un certain nombre d'officiers qui, sous le prétexte d'une constitution depuis longtemps promise el point encore publii laisseraient entraîner à suivre les exemples donnés dans le

(1) Dans ces provinces du Rhin, l'espril d'hostilité au gouvernement prussien n'est plus aussi prononcé, mais il n'a pas entièrement disparu et exi8te( en majorité, parmi les catholiques. [Note de 1851.)

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