‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 134 sur 205 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Eorl sages, des conseils lumineux sur les affaires intérieures du pays, ou bien sur la marche et sur les tendances des partis.

Je me souviens qu'en 1823, lors du séjour que je fis au château de Fontainebleau, chez le marquis de Bonnay, celui-ci me dit que M. de Chateaubriand avait un caractère tellement dominateur qu'il avait toujours été en froid avec le duc de Richelieu. J'ai entendu émettre la même appréciation par le duc de Rauzan, quijest à même de connaître intimement MM. de Chateaubriand et de Richelieu. De plus, à l'époque à laquelle Mme de Montcalm me remit un exemplaire du portrait du regretté duc, son frère, par Lawrence (1824), j'ai entendu dire, sans pouvoir affirmer ou nier le fait, que Mme de Montcalm avait rayé de sa main le nom du vicomte de Chateaubriand, porté par un ami sur la liste dressée à l'occasion de la remise de ces gravures. Tout ceci étant, M. de Chateaubriand a montré d'autant plus de magnanimité en adressant aussi régulièrement au duc de Richelieu des conseils amicaux.

Du reste, M. de Chateaubriand eût tout fait pour la grandeur et le bon renom de la France. Dès son arrivée à Berlin, il fut accueilli à bras ouverts par la Cour et par la société; il fut fort recherché de tous et fort soigné, notamment par le duc et la duchesse de Cumberland qui l'attirèrent beaucoup chez eux et donnèrent de grandes fêtes à son intention. M. de Chateaubriand n'était pas riche, mais, représentant de la France, il tint à donner des réceptions fréquentes et brillantes. Que de fois l'ai-je entendu dire, le lendemain d'un bal ou d'un souper fastueux, tenu à la légation : « La France occupe le premier rang. Je suis fier de la représenter. Pour mon Roi, pour mon pays, je tiens à m'endetter. » Mon chef quitta en effet Berlin avec des dettes, et j'ai entendu dire qu'il a beaucoup accru le chiffre de ses dettes par la magnifion* *■ qu'il a déployée dans son ambassade de Londres.

M. de Chateaubriand ne bornait pas non plus sa correspondance sur la politiqu extérieure aux seules affaires qu'il était dans le cas de suivr à Berlin. Le congrès de Troppau venait de se terminer, celui de Laybach se préparait, et l'Eui

étail assez malade pour fournir à ses dépêches d< - sujets nombreux el intéressants. M. <!>' Chateaubriand -•■ chagrinail beaucoup du mauvais renom que se faisail la Franc don! les princi] es révolutionnaires se répandaienl en Europe comme taches d'huile (1) »; et il iivo.it peu de confiance dans le congrès de Laybach, où, des trois représi atants français, le de de La Ferronnay-. seul, lui semblait à hauteur des circonstances (2). Mais je retourne à des souvenirs plus intim à des détails plus personnels.

Dès le principe, le successeur du marquis de Bonnay se montra cordial avec nous, les secrétaires, qui le redoutions tant (3). Il ne connaissait aucun de nous, ou, plutôt, ce qu'il en savait était vague. Ainsi, j'ai su que les informations qu'on lui avait données en ce qui me concernait avaient été fort diverses. Les uns lui avaient dit que j'étais un vioil employé à tête blanche, qu'il ne fallait pas contrarier dans les affaires de sa chancellerie; les autres lui avaient appris que M. « de Sussy » était un jeune homme très protégé, d'un caractère léger et peu travailleur. Le duc de Rauzan qui. aussitôt connue

(1) Rien que dans l'année 1820, il y avait eu trois révolutions : celle d'Espagne, de Naples et de Portugal. {Note de fauteur.)

(2) M. de Chateaubriand disait que M. de Rlacas ne comptait que comme un zéro, et que M. de Caraman (ambassadeur de France à Vienne) était sous la dépendance complète de M. de Metternich. [Note de l'auteur.)

(3) « ... Vous voulez savoir ce que je fais? Rien... Ce que l'on voit de ma fenêtre? Une rue plantée d'arbres, comme le boulevard, et quatre ou cinq gros corbeaux, à qui je donne à manger tous les matins quand je déjeune à 8 heures du matin, seul avec mon petit secrétaire particulier.

« A 4 h. 1/2, je dîne avec ma famille (l'ambassade). Elle était bien effarouchée à mon arrivée; mais elle s'est tout à fait rassurée quand elle a vu que ce n'était que cela. Je conçois que M. de Cussy était mal à l'aise. Il avait copié la correspondance de M. de Ronnay où je suis indignement traité. Il avait peur que je ne ressentisse vivement la chose, quand je viendrai à la découvrir. Je l'ai mis à l'aise, en déclarant que jamais ma correspond à moi ne renfermerait un mot qui pût blesser un honnête homme; mais qui d'ailleurs, j'étais accoutumé aux injustices produites par la chaleur des opinions, que le jupement de M. de Bonnay ne me surpr» nail point et ne m'empêcherait jamais de rendre justice à sa fidélité au Roi et à la loyauté de ses intention-. Je cherche au surplus à me rendre le moins désagréable q m je puis à mes secrétaires. Ils font ce qu'ils veulent, je trouve tout bon. J 'ai une voitun pour eux, bien plus que pour moi. Je tâche nue la chère bonm . Je via avec eux... » Chateaubriand •< la duchesse de Duras, u mars 1821, de Berlin. — La duchesse il>- Durât, par Barooux.

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