‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 136 sur 205 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

m'a été tendu, ni le courage de blâmer la comédie si pari., ment jouée pour m'éprouver, puisque tout ceci m'a doi dans M. de Chateaubriand, un ami que j'ai lieu de croire sincère, et qui m'a du reste montré, par cette épreuve mê qu'il tenait à mon affection.

Lorsque les circonstances politiques conduisirent M. le Chateaubriand à donner sa démission de ministre de Fra à Berlin, peu après son retour à Paris, où il s'était rendu à l'occasion du baptême de Mgr le duc de Bordeaux, à la lettre que je lui écrivis, pour lui exprimer mes regrets de sa détermination, il me répondit par la lettre suivante, que je conserve comme un souvenir cher à mon cœur :

Paris, le 11 août 1821.

« N'est-ce pas, monsieur, que vous aviez un peu peur de moi, lorsque j'arrivai à Berlin? Et moi aussi, j'étais tout effrayé de vous. Je désire que la peur vous ait passé, comme à moi, et que vous n'ayez conservé, pour moi, que le sincère attachement que j'ai pour vous. Si vous m'avez trouvé bon garçon, je suis heureux. J'ose croire que, si nous avions passé de plus longs jours ensemble, vous n'auriez plus su. au bout de quelque temps, quel était le ministre, de vous ou de moi. Mais j'espère, monsieur, que tout n'est pas fini entre nous; je suivrai ici les affaires que vous avez bien voulu me confier, et je vous prie de vous adresser à moi pour tout ce qui pourra vous être utile.

« Je vous ai déjà donné beaucoup de peines, et je vais encore vous en donner: je ne suis pas riche, ou plutôt je n'ai rien du tout, et les moindres guenilles me deviennent utili je vous prie de vendre tout ce qui m'appartient dans l'hôtel, excepté ce qui vous est nécessaire, à vous et à M. de Caux, pour vos chambres et pour votre table. Vous me renverrez l'argenterie quand vous n'en aurez plus besoin.

« Je vous prie de faire expédier à Hambourg, et de Hambourg, par mer, au Havre, Boulogne ou Calais, la malle ou les

malles qui renferment 1<> linge dont vous ne vous servez ; 11 y a, chez I< sellier, des harnais dont je désire me défaire. II j . peu de vin dans la ravi', mais je vous prierais encore de débarrasser '1" ceux <pii seraient au delà de votre consommation. Pourtant, ne vous gênez pas, vous, monsieur, et M. de Caux; usez de tout ce qui vous sera nécessaire. Je trouverai tout bon, et je m'en remets du reste à vos soins, p<mr mes intérêts...

a Je ne sais quel sera mon suce isseur : il pourra, monsieur, \ - être plus agréable que moi, mais, assurément, pas plus attach

Dès l'arrivée de cette lettre, je recommençai donc, pour le compte de M. de Chateaubriand, le métier que je venais à peine de terminer au profit du marquis de Bonnay, c'est-àdire que je me mis à vendre tout ce qui faisait partie de rétablissement du ministre. J'avais retiré de la vente du mobilier et de la cave du marquis, beaucoup plus qu'il ne l'espérait; j'eus le même succès pour M. de Chateaubriand, et je fus sincèrement heureux de lui payer un peu ma dette de reconnaissance en diminuant ses soucis pécuniaires.

Page 1