‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 142 sur 205 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Enfin, je terminerai cette rapide revue des événements politiques de la première partie de l'année 1821, en rappelant la mort d'un personnage qui avait fait bien du bruit en ce monde : celle de Napoléon qui, miné par le chagrin, était décédé sur son rocher de Sainte-Hélène, le 3 mai. à 11 heures et quelqw minutes du matin. Son geôlier, son bourreau, sir Hudson Lowe, sera, je pense, flétri dans l'histoire pour la conduite cruelle et, je dirai, ignoble, qu'il a eue envers son illustre prisonnier.

Lors du départ de M. de Chateaubriand, le comte de Caux prit de nouveau les fonctions de chargé d'affaires. Nos petits cercles de secrétaires de légation recommencèrent. Les deux frères de Vismes, le comte de Modène et le duc de Rovigo, celui-ci récemment arrivé à Berlin pour son affaire de majorât, en furent les membres les plus assidus. Nous nous réunissions tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, et c'est dans ces réunions que mes amis, comme s'ils avaient eu une gageure à remplir, entreprirent de me marier. Déjà, au mois de mars de cette année 1821, en accomplissant en compagnie du comte <1*' Modène une excursion à Dresde, mon compagnon m'avait parlé du désir qu'il avait de succéder en Saxe au général de Canicoff, ministre de Russie, fort âgé, et il avait ajouté : « Quant à vous, mon cher Cussy, il sera facile d'obtenir que vous soyez nommé premier secrétaire de la légation de France à Dresde, et alors vous épouserez une de mes filles. » Je m'étais confondu en remerciements; mesdemoiselles de Modène sont charmantes et seront riches..., mais moi je suis heureux comme je suis, et n'éprouve nullement le besoin de m'attacher à une chaîne, si élégante et dorée qu'elle soit.

Cette excursion à Dresde dont je viens de parler, et deux voyages à Paris en courrier sont les seules absences que j'ai faites durant mon long séjour de sept ans à Berlin.

Il s'écoula trois ou quatre mois avant que le Roi donnât un successeur à M. de Chateaubriand. Le choix de Sa Maji s'arrêta sur M. de Rayneval, nomme officiellement au poste de Berlin en décembre (1821). Le vicomte Mathieu de Montmoi. 20

rency était devenu ministre des affaires étrangèi s; il eul besoin que M. de Rayneval restai quelque temps encore à Paris, pour le styler dans les hautes et nouvelles Fonctions auxquelles il ne semblail pas apte. « Quoique les g ns de qualité, il»»- mandail ironiquemenl le marquis de Bonnay, auquel Je succès des ultras ne plaisail pas, sachenl tout sans avoir rien appris.

M. tU Rayneva] arriva à Berlin dans les premiers mois de 1822. Il vint, sans sa femme, mais avec ses deux Gis, Alphonse ft Eugène, leur précepteur, M. de Montigny, el un nouvel attaché à notre légation, Adolphe Billecocq, protégé du duc de Richelieu, au bureau particulier duquel il a rail préi édemmenl travaillé.

Honuiit - xcellenl el facile à vivre, d'une hum iur gaie, d'une conversation instructive ei enjouée, possédani l'expérience et une grande habileté comme diplomate, M. de Rayneva! ne tarda pas à être apprécié et aimé de tous. Amateur

ssionné de musique, il nous faisait passer chaque matin. après déjeuner, deux heures fort agréables près de son piano, auquel il s'installait, jouant toutes les partitions, chant. mt tout. Avec ce chef si bon, si bienveillant, si agréabl". notre sort à tous étail on ne peut plus heureux.

Le temps passait donc vite, trop vite, car les afTaii s d'Espagne ayant amené le Congrès de Vérone, on ne manqua d'y appeler M. de Rayneval. Il était, en effet, difficile de se passer, en la circonstance, d'un homme d'aussi bon conseil, d'un travailleur aussi prompt à concevoir et à exécuter, d'une tête aussi lucide et aussi bien organisée. M. de Rayneval songea à me prendre avec lui et me pressentit à ce sujet; j'acceptai volontiers; mais ce projet n'eut pas de suit". M. de Rayneval ayant été obligé de céder aux puissants appuis intervenus "n dernier lieu pour lui faire emmen< r Vdolphe Billecocq, le nouvel attaché.

C'est à la lin d'août ou au commencement de septembre 1822, (pi" M. <1" Kayneval partit, pour Vienne et le Congrès de Vérone où il si- trouva avec le vicomte Mathi- u de Mont-

Page 1