CHAPITRE XIV
morency, dont le portefeuille Fui remis, par intérim, à M. ' • Villèle. M. de Chateaubriand étâil envoyé au Congrès (Je Vérone, en mission spécial»' e1 extraordinaire, et était accompagné du duc de Rauzan et de M. d'Aspremont. Au i d'octobre, Flavigny, expédié en courrier à Vérone, vint au--i se ranger sous la bannière de M. de Chateaubriand. Le comte de Caux resta donc, pour la troisième fois, chargé des affair< s de France à Berlin, avec moi comme bras droit. Nous continuâmes à faire excellent ménage, dînant de plus en plus fréquemment chez Mme la duchesse de Cumberland, qui mettait toujours la conversation sur M. de Chateaubriand, pour lequel elle avait de tout temps manifesté un faible; mais son admiration pour l'illustre écrivain semblait avoir crû avec l'absence.
Je ne dirai rien du Congrès de Vérone, sinon que. comme l'on sait, il décida, en quelque sorte, la guerre d'Espagne de
A son retour à Paris, M. de Chateaubriand quitta son ambassade d'Angleterre pour prendre le ministère des aff;i étrangères, à la place du vicomte de Montmorency, le dur de Rauzan devenant directeur des travaux politiques. M. de Villèle ne voulait pas la guerre d'Espagne; M. de Chateaubriand, au contraire, la désirait vivement; cependant leur mésintelligence n'éclata point alors; ce ne fut qu'en 1824 qu'elle devint réelle, après avoir couvé sérieusement depuis les affaires d'Espagne. Voici à quelle occasion.
M. de Villèle fit partir pour l'Espagne M. de Martignac, comme commissaire du gouvernement, en lui recommandant d'adresser la correspondance àlui,Villèle, président du Conseil, mais M. de Chateaubriand intervint : il déclara, ou fit comprendre, qu'il no voulait pas être informé « de seconde main et comme il plairait à M. de Villèle » de ce qui se pass irait en Espagne. Il exigea, en conséquence, que le département des affaires étrangères eût son représentant dans la péninsule. Son choix s'arrêta aussitôl *-ur le comte de Caux. qui eonnaissait parfaitement le pays et la langue de l'Espagne. Mon
:,08 SOUVENIRS Dl' CHEVALIER DE CUSSI
gue recul l'ordre de partir immédiatement pour sa nouvelle destination et de me présenter an r<nnte de Bernstorfl
me chargé d'affaires, en attendant le retour à Berlin de M. de Rayneval. Celui-ci reprit possession de son poste i la fin d'avril (1823); M. de Caux avait quitté Berlin, dès li 15 mars. C'est ainsi que je fus, pour la deuxième fois, chargi des affaires de Fiance en Prusse; et je vais consigner ici les
- les plus intéressants dont j'eus à rendre compte, durant -lion de six semaines, à M. de Chateaubriand, ministre il s affaires étrangères.
Ce fut d'abord une conversation que j'eus, le 22 mars, avec le comte de Bernstoriï. D'après les dernières communications Vienne, il paraissait que le prince de Metternich souhaitait beaucoup de voir se renouveler souvent, et d'une manière ri gulière, les conférences entre la Franco. l'Autriche, la Prusse e1 la Russie. Le comte de Bernstorfl" partageait le même désir, si bien qu'il me dit ce jour-là : « L'uniformité de langage est <\' utant plus nécessaire aujourd'hui, que l'Angleterre y v< ; i a la solidarité qui existe entre les puissances continentales alliées, et qu'elle se convaincra chaque jour plus fortement que la cause de la France est la cause des trois Cours. On en
ait encore l'immense avantage d'éviter tout malentendu. et, par conséquent, toutes les lenteurs... » Puis rappelant, è cette occasion, la réplique de M. de Chateaubriand à M. Canning, relativement à la médiation anglaise : « Il ne faudrait plus, dit le comte de Bernstorfl, que l'on parlât comme dans cette pièce — admirable sur tous les autres points — do simples modifications aux institutions, car — et il ajouta ceci en souriant — nous autres, simples juristes, ces mots-là nous font mal aux oreilles. Comme nous avons tous le même but et formons les mêmes vœux, au moyen des conférences diplomatiques, on aplanirait, séance tenante, toutes les difficultés qui, à l'explication, n'existeraient que dans les mots; et l'on pourrait aussi s'accorder plus promptement sur toul ce qu'il y aurait ù faire en commun, à l'égard de l'Espagne, au fur et è mesure de la marche des événements dans la péninsule,