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CHAPITRE XIV

Quoi qu'il en soit, Mme de Chateaubriand a cependant, sur certains points, tellement subi l'influence de son mari, que, pour des déterminations qu'elle n'ose prendre, elle trouve tout simple de demander conseil à Mmes de Beaumont, de Duras ou Récamier, les trois femmes qui se sont partagé les faveurs de son illustre époux. Peut-on abdiquer à ce point toute volonté?... Mais, elle aussi, influence parfois son mari; elle l'a prouvé, en l'excitant, à plusieurs reprises, par ses idées exagéré* - à prendre des résolutions que, de lui-même, il n'eûl probablement pas adoptées.

Mme de Chateaubriand sait, à l'occasion, lancer des pointes. Hyacinthe l'ilorge l'a entendu dire, un jour qu'on parlait de Mme de Duras : « Oui. elle esl spirituelle, mais elle n'a jamais été jolie ». Si on réfléchit à la cruauté de tels mots appliqués par une femme à une autre femme, on trouvera que, sotte "u intelligente, Mme de Chateaubriand ne dédaigne pas la vengeance, et l'on conviendra aussi que, négligée comme elle l'est par son mari, au profit d'autres admiratrices plus passionnées, l'épouse légitime a de temps en temps le droit de satisfaire sa mauvaise humeur et de déverser sa bile.

A cette même époque, M. de Chateaubriand me présenta au comte de Chabrol, ancien sous-secrétaire d'Etat à l'intérieur, alors directeur général de l'enregistrement et des domaines, el maintenant ministre de la marine. Le comte de Chabrol m'accueillit de la manière la plus aimable. Je l'ai revu plusieurs fois depuis, et toujours avec un nouveau plaisir, tant sa conversation est agréable et variée. Il me fit bien rire un jour. Nous parlions du conclave qui allait s'ouvrir pour élire un nouveau pape en remplacement de Pie VII (1), el nous regrettions ensemble que la France n'eût plus les moyens d'exercer la plus sûre influence — celle des présents — pour obtenir un pape de son choix : « Hélas! me dil M. de Chabrol, nous n'avons plus ni abbayes à donner, ni bénéfices, ni pensions, ni cadeaux de valeur; car le budget doit tout

(1) Le 27 si ptembre 1823, le cardinal Délia Genga succède à Pie VII et prend le nom de liéon XII.

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dire, el les députés ae laisseraient pas figurer dan^ les dépenses les frais extraordinaires pour L'établissement d'un

nouveau pape... J'y pense... Il y a bien un fonds, donl 1»' budget ne parle pas aux recettes et dont l'emploi reste au profit de la police secrète : c'est l'argent provenant de l'inscription annuelle des filles publiques; mais, avouez qu'il serait trop piquant que ce lui le tribut levé sur les filles publiques qui décidât l'élection d'un pape! »

Au cours de ce récit, j'aurai l'occasion de reparler de M. de Chabrol, quand je lui paierai un juste tribut de reconnaissance, pour le langage qu'il tint au Conseil des ministres, lorsqu'en octobre 1824, je dus me rendre à Paris, au sujet de l'extradition accordée par la Saxe à la Prusse, du professeur Cousin, qui se trouvait à Dresde avec !" duc de Montebello.

Comme M. de Chabrol, le comte de Villêle, ministre des finances, me reçut fort aimablement, et, de même "iicore, le baron Pasquier et le baron Portai, ancien ministre de la marine, dont le fils devenait mon collègue à Dresde.

Sous les auspices du comte de Rumigny, mon nouveau chef, je fus accueilli comme l'enfant de la maison dans la famille de ses beaux-parents, celle du maréchal duc de Trévise. Le maréchal me fit l'honneur de m'inviter plusieurs fois à son château de Plessis-Lalande, au delà de VinceUnes, et j'appris à apprécier cette excellente famille : le maréchal, ce guerrier loyal et sans peur; la maréchale, née en Allemagne, bonne femme tout à fait, sans beaucoup d'instruction, mais sans prétention; le marquis de Trévise, fils unique du maréchal; Mlle Malvina, grande et bell>i: Mlles Louise et Effiène (ou Eve) fraîches et jolies. Sauf la petite Effiène, j'ai retrouvé toute cette charmante famille à la légation de France à Dresd< . en 1825. Pendant ces heureux jours, que de gailé à la légation! Que d'agréables excursions dans les délicieux environs de la capitale saxonne! (1)...

(1) Comme tout cela est loin!... Mlle Malvina est devenue la vicoml -• ni de Bellozane, et, veuve, s'est remariée à ...? La l>"iin et

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