CHAPITRE XIV
L'accueil empresse que je recevais un peu partout, aussi bien chez Mme de Rayneval et le bon chevalier de Saint- Projet que dans les intérieurs du duc de Rauzan, du marquis de Bonnay et du maréchal duc de Trévise, me faisait prendre patience dans le séjour de plusieurs semaines que, par ;:• ■• ■> (ssité gler ma nouvelle situation, j'accomplissais dans la capitale avant d'aller retrouver à Agen mon père, que, comme je l'ai déjà dit, je n'avais pas vu depuis huit ans. J'étais encore à Paris, quand je reçus de mon ancien chef de Berlin, l'excellent M. de Rayneval, une toute bonne et aimable lettre, dont il m'est doux de transcrire ici quelques lignes :
« ...Je suis encore tout désorienté de ne vous avoir plus à tés, et je porte envie à mon voisin Rumigny qui se frotte d'avance les mains du plaisir de vous voir arriver à Dresde. Il a raison, et vous, vous devez passer par-do- ule désagrément du far niente qui vous semble aussi pénible qu'il paraît doux aux Italiens, et vous féliciter d'aller habiter un charmant pays, où vous trouverez bonne société et un chef le meilleur homme du monde...
« Je ne vous nomme personne de tous ceux qui me demandent avec intérêt de vos nouvelles et me prient de vous parler d'eux. Vous avez tant d'amis à Berlin que, si je commençais '■(•rire la liste, j'y passerais le reste de la journée et la moitié de la nuit... Mes acolytes et mes enfants (1) veulenl udant, à toute force, que je vous parle d'eux...
« ...Adieu. Croyez que j'ai pour vous une véritable amitié et que je regarderai comme un bonheur réel, qu'un jour,
- destinées respectives voulussent s'entendre pour nous réunir de nouveau (2). »
jolie Louise est morte de la rougeole à dix-neuf ou vingt ans; Effiènea épousé le colonel, aujourd'hui général, comte Gudin; le maréchal a • 1835,
par la machine infernale de Fieschi; Mme de Rumigny esl morte, et son mari, n-tiré du service depuis le 24 février 1848, vit en Belgique, où s'est l'une de ses filles. (Note de juin 1853.)
(1) Alphonse, l'aîné, est actuellement .unbassadeur à Rome; le second. Eugène, est officier de marine; Mlle Constance, qui était si belle, ni point mariée. [Note de juin 1853.)
(2) M. de Rayneval ne m'a pas trompé. En 1825.il a cherché à m'avoir
3i'Û m'Iyimrs DU CHEVALIER DE CUSST
I e ministn m'avait rendu ma liberté; j'avais terminé chez l'illustre peintre Gérard les séances de mon portrait en uniforme de - crétaire de légation (1); et, après avoir reçu de M. de Chateaubriand l'accolade qu'il avait tenu à me donner lui-même, eu qualité de parrain, dans l'ordre de la Légion d'honneur (2), je pus enfin prendre la route d'Agen. Jusqu'à Bordeaux, j'eus un charmant compagnon de coupé, le gai el spirituel M. d'Esparbès de Lussan (3), jeune magistrat du parquet de Paris, dont la verve endiablée et les anecdotes tant soit peu gauloises sur son amoureuse tante, Mme de Polastron (4), me firent oublier la longueur de la route.
comme premier secrétaire de son ambassade à Berne, mais le comte de La Ferronnays. prévenu trop tard, avait déjà disposé de ce poste en faveur du vicomte de Pontcarré. En 1828, pendant son intérim comme ministre des affaires étrangères, il m'attacha à son cabinet. (Note de 1832.)
(1) Celui qui figure en tête de ces mémoires. Voir chap. n.
(2) Juillet 1823
(3) M. d'Esparbès de Lussan est actuellement président de chambre à la cour d'appel de Paris. [Note de juin 1853.)
(4) Louise d'Esparbès de Lussan, née en 1764, épouse en 1782 le colonel de Polastron, frère de la duchesse de Polignac. devient, en 1 7 s ."> . maîtresse du comte d'Artois, et meurt en 1804. (Note dv l'éditeur.)