‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 150 sur 205 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

A Agen. — Monseigneur Jacoupy. — Visites de parents. — Le vieil oncle de Gascogne. — Quelques souvenirs de famille. — Les relations de mon grand-père avec Stanislas Leczinski et avec Charles-Edouard. — Mon père chez le comte d'Albany. — Le cardinal Jean Cornaro et la jolie main d'évêque. — Exemples édifiants. — Le comte d'Escriènes. — Séjour à Paris. — Une erreur de chancellerie. — Mon arrivée à Dresde. — MM. Laborie.

Dresde, juin 1826.

A Agen, où, après une si longue séparation, je retrouvai mon père (1), je reçus de tous un accueil aimable et bienveillant, que je devais à la haute estime et à la considération générale dont jouissait l'auteur de mes jours. Cet accueil l'ut particulièrement affectueux, de la part du préfet, M. Meusnier de la Converserie, de celle du receveur général, M. Pernot de Fontenoy, homme fastueux et infiniment spirituel, neveu du baron Louis, l'ancien ministre des finances, ainsi que de celle de l'évêque, Mgr Jacoupy.

Celui-ci est un homme bon, simple, facile, charitable, édifiant, mais d'une instruction sommaire, et qui devint évêque par un de ces coups de la fortune, causés souvent par les caprices de l'inconstante déesse. Losrque l'intimité entre nous se fut établie — ce qui, avec un homme aussi liant, ne fut pas long — Mgr Jacoupy me raconta lui-même, comment il lui était arrivé de troquer contre une mitre le simple bonnet carré de curé de village.

Au début de la Révolution, il avait émigré en Angleterre, tout jeune prêtre. Sous le Consulat, il se décida à rentier en France, gagna Paris et sollicita une audience de Portalis (2),

(1) Le baron de Cussy, père de l'auteur de ces Souvenirs, était alors directeur de l'enregistrement et des domaines, à Agen. (Note de l'éditeur.)

(2) Jean-Etienne-Marie, comte Portalis, père de Joseph-Marie, ministre

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le ministre (b> cultes. 11 se morfondait, avec beaucoup d'autres solliciteurs, dans le salon d'attente, quand l'huissier de service se mit à dire à haute voix : « Messieurs, il y a deux billets d'audience portant le nom de Jacoupy. A laquelle des deuxpersonnes de ce nom appartient-il de passer la première? » A cet appel, les deux Jacoupy se lèvent; l'un est jeune abbé, beau et de grande taille; l'autre, un vieux général dont le visage balafré certifie qu'il a toujours fait face à l'ennemi. El alors, sur le seuil du cabinet ministériel, s'engage la conversation suivante :

— Vous vous nommez Jacoupy?...

— Oui, monsieur le général.

— Etes-vous de Saint-Flour?

— Oui, monsieur le général.

— Alors, vous êtes mon parent, car il n'y a pas à Saint- Flour d'autres Jacoupy que ceux qui composent ma famille.

— C'est bien possible, monsieur le général, que j'aie cet honneur; mais j'ignorai; que quelqu'un de ma famille fût parvenu à un aussi haut grade dans la carrière militaire... Je suis, vraiment, bien flatté, monsieur le général...

— Oui, oui. Vous êtes mon parent; c'est convenu. Et d'où venez-vous?... Et que voulez-vous demander ici?...

— Je rentre d'émigration et je viens — avec peu d'espoir, je l'avoue — solliciter une petite cure.

— Vous, mon parent, curé de village!... Non, de par tous les diables! Il faut, vous entendez, il faut que vous soyez évêque.

— Ah! monsieur le général!... Evêque!... Y pensez-vous?...

— Eh! oui..., j'y pense, et je vous le répète : il faut que vous soyez évêque. Laissez-moi arranger cela et entrez en même temps que moi chez le ministre... Allons, monseigneur, passez devant.

Et, dans le cabinet min stériel, le général Jacoupy, oubliant le motif qui l'amenait lui-même, présente l'abbé, son

des affaires étrangères sous la Restauration, > t vice-président de la Chambre des pairs, sous Louis-Philippe.

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